Cameroun: Meurtre d’un enseignant au Lycée de Nkolbisson à qui la responsabilité?

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Le mort de Monsieur Tchakounté jeune enseignant de mathématiques de 26 ans suscité à la fois horreur et émoi. Si l’on a déjà condamné d’office l’acte ignoble du jeune élève, il y a lieu de s’arrêter un instant pour se questionner sur les règles en matière de pédagogie au Cameroun.

Kevinson

Monsieur Tchankounté lors de sa soutenance de fin d'étude


Oui, l’élève avait un poignard, oui l’élève était un cas social parce que âgé de 17 ans en classe de 4ème. L’on peut dire ici que les ainés ont raison, et les élèves ont toujours tord. Mais restons dans un raisonnement logique. Hier, après le drame en passant du côté du Centre Hospitalier Universitaire nous avons eu une conversation avec deux jeunes enseignants, une jeune femme professeur au lyçée de Nkolbisson et un autre enseignant vacataire dans plusieurs lycées et collèges. Les débats étaient houleux et au delà de l’émotion, il a été question d’interroger les responsabilités des uns et des autres. 


Commençons par l’enseignant vu qu’il s’agit de la victime

Comment gère-t-on un élève représentant un problème au sein d’une salle de classe ? Il faut intégrer le fait que l’élève est déjà plus âgé que la moyenne et aurait des comportements violents. Que dit la pédagogie en la matière ?


Les réponses données ont été les suivantes, vu que le fouet est interdit, et lorsque nous sommes face à un élève dont le profil psychologique est établi comme dangereux, Il est bon de prendre toutes autres dispositions sauf celle de la violence. D’abord, il faut comprendre pourquoi cet élève est encore en classe de 4ème à cet âge, (17 ans). Par la suite, il faut, si il semble peut réceptif à votre autorité, mettre la hiérarchie au courant de cette situation. Les différentes punitions pour des élèves en classe de 4e dans nos établissements sont graduels et fonction de l’individu. On peut décider de mettre ce dernier sur ses genoux, cela vaut pour tout le monde, l’on peut fouetter les touts petits, mais s'il y a un délinquant notoire dans la classe il vaut mieux l’exclure du cours. Par ailleurs, lorsque le délinquant ne semble pas en mesure d’obéir, il est important de prendre les dispositions auprès de la hiérarchie. 


Comment contraindre la hiérarchie à venir à votre secours ?


L’enseignant peut décider de prendre la décision de ne plus donner cours dans cette salle de classe tant que le délinquant y est. Cela va forcer la surveillance générale et le bureau du censeur, à prendre des mesures vis-à-vis de l’élève et le contraindre. Soit par une convocation des parents, ou alors une exclusion de l'établissement conditionnée par la venue des parents. Est-ce que Monsieur Tchakounté a respecté cette procédure ?


Cela n’a pas été le cas dans la mesure où monsieur Tchakounté a décidé, (peut être par naïveté ou par sentimentalisme vis-à-vis d’un petit frère) d’enfreindre la loi. Lorsque le fouet avait été aboli au sein des établissements scolaires cela a été décidé au courant de l’année 2007. Dans ce cas, il s’était agit d’une enseignante qui avait battu à mort un élève du lyçée de Mendong toujours à Yaoundé. Le fouet a été remplacé par des mesures disciplinaires qui visaient à la longue à exclure de l’établissement l’élève récalcitrant. Est-ce que ici Monsieur Tchakounté a respecté cette disposition juridique ? malgré cette prescription de la loi l’on voit toujours des éducateurs chicottes à la main


Pour ce qui est de l’élève :


Les témoignages de ses camarades à la télévision ont révélés que celui-ci était le bourreau de la classe. Un objet contondant a été vu sur lui ce jour-là donc son intention était d’arriver à ses fins macabres. Mais il est important de souligner que le contentieux entre l’élève et son enseignant ne datait pas du mardi 14 janvier et plusieurs altercations se sont produites dans la salle de classe. 
Cet élève a été admis dans cet établissement après avoir été définitivement exclu ailleurs. Il avait l’habitude de consommer plusieurs types de drogues ce qui a d’ailleurs provoqué son retard scolaire. Mais qu'a cela ne tienne, le comportement de cet élève et son passé devait interpeller le professeur. Mais dans une logique guerrière c'est à qui mieux mieux et l'élève s'est défendu avec ses moyens, c'est à dire ceux de la rue.


Dans cette situation macabre, deux vies sont gâchées. Celle d’un enseignant passionnés qui aurait pu faire une belle carrière, un investissement perdu pour ses parents et peut être une femme ou une fiancé en détresse. 
Pour l’élève, une vie détruite. La prison détruira à jamais ce dernier et ne pourra plus  être un homme socialement correct. Nos prisons ne sont pas des centres de redressements, mais des lieux de perversions de toutes sortes. 


Du côté des pouvoirs publics : mais quelle école ? 
 

Morale, éducation à la citoyenneté ou éducation civique, l’école a perdu de son sens. L’éducation au Cameroun est un mélange de genre ou les parents ont déchargé leurs responsabilités vis à vis de leurs enfants à l’école. Les mœurs sont dépravées au nom de la liberté. L’école est un lieu d’expression de la libido et de la reproduction des gestes appris devant les écrans de télévision. L’urgence est de récupérer ce qui a fait notre fierté, la discipline et l’autorité des ainés. Si aujourd’hui l’on pleure un enseignant, il faudrait savoir que les menaces et autres provocations sont désormais légions dans les établissements scolaires. Faut-il militariser les écoles ?

Gontran ELOUNDOU.