Cameroun: Notre pays est il au bord de l'implosion?

Gontran ELOUNDOU

Expert
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Le Cameroun vit les heures les plus sombres de son histoire. Une histoire que des milliers de citoyens ont perdu de vue, une histoire qui leur aura été arrachée progressivement, voire effacée. La paix et l'harmonie d'autres fois laissent place, peu à peu, à la violence et au désordre. Communautarisme tribal tout azimut, guerre de sécession, terrorisme, pauvreté, corruption générale, problème de gouvernance, voilà un résumé global qui décrit clairement notre société. Les Camerounais ne sont plus le peuple épris de paix qui a tant suscité l'admiration de tous les Etats de notre continent, nous dirons même du monde entier. Comment avons-nous fait pour en arriver là ? Voilà une question qui mérite d'être posé, surtout que nous savons que le pire peut encore être évité. Éviter le chaos, qui ne semble plus être lent, le chaos qui arrive à grand pas.

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L'histoire du Cameroun s'est faite au prix de grands sacrifices, le sang versé par nos ancêtres dans les travaux forcés durant la colonisation a permis que notre pays soit doté de routes, de chemin de fer, de ponts, et même de bâtiments. Le sang versé par les premiers leaders politiques indépendantistes avec à la clé des millions de morts dans plusieurs villes de notre pays. Morts dont la conséquence a donné le Cameroun grand gagnant. Il a gagné son indépendance, et aussi, il a gagné une démocratie à la sortie de l'ère coloniale. La volonté d'unir ce pays qui présentait déjà les signaux de la fragmentation et du repli identitaire a été l'œuvre de la première République de notre pays, il faut le dire, cela aussi s'est fait au prix de nombreux sacrifices. Cette unité, douloureusement construite a été le socle de la nation camerounaise et aujourd'hui nous en sommes fières. La conquête de la liberté d'expression et de la démocratie aura été le parachèvement d'une lutte acharnée qui aura connu également des sacrifices importants. Le Cameroun s'est construit sur le sang. Sang des martyrs qui au prix de leur vie ont tout fait, tout donné pour que ce pays rayonne à travers le monde. Un rayonnement dont l'éclat semble de plus en plus terne. Ternis par une inconscience collective qui doit être dénoncée.

Après tant de sacrifices consentit par notre pays, la préservation de ces acquis devrait être la seule motivation des Camerounais. Malheureusement, nous observons une réelle distance entre ce qui devrait être et ce qui est. Le patriotisme n'existe plus, le désir de progrès et de développement laisse place à l'individualisme nombriliste. Le respect des valeurs citoyennes disparaît. Les arnaques dans les services publics sont une norme, la recherche effrénée du plaisir n'est que la seule motivation des citoyens. La solidarité africaine s'amenuise peu à peu, désormais le seul maître est l'argent. La richesse du pays est inconsciemment dilapidée, la pauvreté grandit, les maux sociaux s'accroissent. Une peinture bien sombre qui ne laisse la place à aucune fiction. La division s'installe. Les conflits inters ethniques qui n'étaient que des incidents mineurs tendent à se répéter régulièrement. Ce qui laisse croire à une mésentente mutuelle générale. La gestion des crises est de plus en plus chaotique. La notion de l'arbre à palabres passe pour obsolète.

Il suffit d'une étincelle, et le Cameroun peut s'enflammer. La pauvreté et le désarroi qui mène au désœuvrement poussent les uns et les autres à chercher des exutoires. Ces échappatoires sont : la drogue, l'alcoolisme, et la débauche. Signes d'une société à l'agonie. Aujourd'hui, la violence prend le dessus. On peut recruter dans ce pays pour quelques milliers de francs des mercenaires capables de se donner la mort sous le fallacieux prétexte que leur famille survivra mieux. Les jeunes sont orientés vers le sexe, ils sont violents, ne parlent que d'argent, ils s'entretuent. Fuyant nos responsabilités l'on préfère accuser le système éducatif. Qu'en est il de la responsabilité des parents, sous hypnose télévisé, ils ont abandonné l'éducation de leurs progénitures aux enseignants à l'école, pourtant l'on sait que l'école instruit. Le désintérêt et le désamour qu'ont les citoyens vis-à-vis de leur propre pays se manifestent par un incivisme grandissant. Il suffit de regarder l'aspect de nos métropoles, le désordre urbain y est bien encouragé.

Le Cameroun est malade. Le malade souffre de l'intérieur et est pourchassé de l'extérieur. Le pays est en mal de gouvernance, il est tribalisé, divisé. Les hommes politiques semblent moins enclins à prendre leurs responsabilités. Proposer des thérapies pour ce grand malade est loin d'être leur rôle. Ils veulent être des stars qui paradent effectivement à la recherche non pas de l'accomplissement véritable de leur mission politique, mais plutôt le plaisir narcissique du pouvoir. Ils veulent de la reconnaissance. Ils se voient tous rois sans mesurer la lourde tâche qui est celle de conduire ce pays. Se faire applaudir est devenu une addiction, une dépendance qui dépasse le véritable appel sous le drapeau. Ils n'ont pas encore pris la mesure de la lourde mission politique qui est celle de trouver des solutions aux problèmes de ce Pays. Ce pays fonce droit dans un mur et nous en sommes tous responsables. La citoyenneté est d'abord une question individuelle.

L'observation de l'agitation internationale autour du Cameroun montre bien qu'il existe un plan extérieur pour ce pays. Est ce que les martyrs et héros de ce pays auraient pu accepter cela ? Auraient ils pu permettre que 60 ans après les indépendances, que ceux qui sont les causes de problèmes soient encore ceux à qui l'on demande de venir les résoudre ? Des Camerounais se réjouissent de savoir qu'une intervention extérieure viendrait libérer leur Pays. Avons-nous déjà vu un opposant d'un pays occidental souhaiter de l'aide extérieure ? La question du patriotisme est à revoir chez nous. Sommes-nous prêt à vendre ce pays aux autres pour venir à bout d'un adversaire politique aussi coriace soit il ? Il est important que les citoyens de notre nation multiculturelle se ressaisissent et mettent le Cameroun au centre de leur réflexion. Notre ennemi commun vient de l'extérieur. Il n'est pas Boulou, ou bamileke encore moins Bassa, parce que ces trois mots, désignent une richesse que l'on ne trouvera nul part ailleurs, à part au Cameroun. cette richesse culturelle doit être préservée. Cela passe par l'impérieuse tache qui consiste à prendre conscience de ce qu'aucun Camerounais aussi individualiste soit il ne saurait travailler contre son pays. Toute action positive menée sur le sol camerounais n'est faite que pour le rayonnement du Cameroun. Nous souhaitons le meilleur pour notre Pays et espérons que nous ne seront point la main criminelle qui finira par tout embraser.

Gontran ELOUNDOU

Analyste politique.