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Cameroun: La police Municipale, milice (des) hors la loi au service des maires ?

 

La police municipale a pour mission d’assurer le bon ordre, ainsi que la sureté, la tranquillité, la sécurité et la salubrité publiques sur le territoire de la Commune ou de la Communauté Urbaine (Art 2 décret N°2022/354 du 09 Aout 2022). Elle est un corps de métier constitué d’hommes et de femmes aux services de la municipalité. Le même décret, en son alinéa 3, mentionne également les taches de la police municipale au sein des communes. Celles-ci consistent en : la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques en l’occurrence. Il s’agit donc : du nettoiement,  de l’éclairage public, de l’enlèvement des encombrements, de la démolition ou de la rénovation des édifices menaçant ruine, de l’enlèvement de tout objet ou substance susceptible de causer des dommages ou des exhalaisons nuisibles, de la facilitation de la traversée de la route aux élèves et autres usagers , de la fluidification de la circulation sur la voie publique et aux intersections, et sous l’encadrement des forces de maintien de l’ordre, de la régulation du stationnement des véhicules sur la voie publique. Cette loi précise effectivement ce que la police municipale peut faire et ce qu’elle ne peut pas faire.

Malheureusement, la réalité sur le terrain est loin d’être lettre de loi : 7 heures du matin ils sont debout aux intersections des différents carrefours de la capitale ; certains en uniforme, d’autre en simples tenues civiles. Foulant aux vues et aux sus de tout le monde, les lois de la République les agents de la police municipale se livrent à l’interception et l’interpellation violentes des Moto-Taximen, mettant souvent en danger la vie des clients. Ils désignent selon leur volonté les zones interdites pour la circulation des « bendsikins» et autres motocyclettes : au grand dam de ces travailleurs acharnés, qui se voient souvent extorquer, de fortes sommes d’argent (5 000 F et/ou 25 000 F) en guise de rançon. Une rançon généralement payée, dans l’unique but de ne pas se voir confisquer leur seul outil de travail, par ces policiers d’un nouveau genre. Vous noterez en passant qu’ils sont agressifs, zélés, insolents et très peu courtois. En instituant la « chasse aux motos » comme principale activité, ils en ont aussi fait leur « gagne-pain ».

Pourquoi un tel comportement, Pourquoi tant d’acharnement ?

Après avoir enquêter sur les raisons de tels agissements, il en ressort tout simplement que les moto-taximen sont « liquides » : ils ont toujours quelques billets de banque dans leurs poches. Et par ailleurs chaque Moto « arrêté » génère une prime de 2 500 Fcfa à l’agent municipal. Chose qui semble être un élément de motivation supplémentaire pour eux. Et c’est une disposition qui émane des magistrats municipaux. Elle vise à augmenter les recettes municipales.

Un désir d’augmentation des recettes municipales qui entraîne des violations flagrantes des lois de la république et des droits de l’homme : Les agents municipaux ont-ils le droit d’interpeller, de saisir ou d’amender les citoyens ?  Si des cas d’incivisme sont avérés, un accompagnement par les forces de l’ordre est obligatoire.

Les agents de la police municipale ont pour rôle : d’améliorer la qualité de vie des citoyens des municipalités ; à cet effet ils sont supposés : - aider les élèves à la traversée des routes, - accompagner les malades mentaux errants dans des lieux dédiés à leur prise en charge, - être les garants de l’hygiène et de la salubrité des rues, -attirer l’attention des citoyens sur leurs écarts de comportement citoyen, - protéger les espaces et domaines appartenant à la municipalité. 

Il découle des attributions ci-dessus citées que l’Agent Municipal est un éducateur et un protecteur (pour les enfants, les indigents, les personnes vulnérables et l’environnement) dans sa communauté.

Les interpellations de « Bendskin » ou de tout autre véhicule demeure de la seule autorité de la police de sureté. Cependant cette dernière, semble agréablement s’accommoder de ce travail de la police municipale qu’elle accompagne souvent durant les parties de chasse aux moto-taxis. Ils en sont même déjà à former des brigades de contrôle mixtes (une mission exclusivement réservée jusqu’ici à l’armée).

Vous conviendrez avec nous que la dérive survient dès lors que les magistrats municipaux appui sur le levier de l’augmentation des recettes : une nécessité vitale, peut-être même, un besoin pressant, mais qui mérite absolument un encadrement rigoureux.

 

Une telle mission dans un environnement de précarité avérée, d’austérité et de misère rampantes donne l’impression d’un déficit d’imagination de la part des magistrats municipaux. Les dispositions actuelles sont sources de dérives, d’amateurisme, de mal traitance et surtout de corruption à ciel ouvert. De nombreux incidents qui surviennent au quotidien illustrent à suffisance le mal être des populations face à cette nouvelle brigade. Il y a quelques mois, la ville de Douala a été le théâtre de violentes altercations entre les agents de la police municipale et une horde de moto taximen, excédée par le comportement indécent de ces agents véreux. Les actes similaires ont également été observés à Yaoundé. La police municipale serait-elle devenue l’acteur principal du désordre en milieu urbain ? Représenterait-elle par ses missions un service hors la loi ?

Certains ont pensé à la désobéissance civile des citoyens face à ces différents abus : Combien de motos ont disparu lors de ces parties de chasse, de bagarres, de blessés, de vols et agressions de tous genres pendant les attroupements, des embouteillages sur les voies de circulation ?  Il est établi un encadrement, des droits et règlements pour chaque corps de métier. Connaitre ses droits est le fondement de l’éducation citoyenne et s’atteler à s’y conformer est la première défense. N’oublions pas que le Cameroun s’est doté des institutions en charge de la lutte contre la corruption et, des services de répression des activités illicites chez les forces de l’ordre.

Nul n’est censé ignorer la loi.

Gontran ELOUNDOU

Analyste politique

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