
CAMEROUN : DISPARITION DE L'ART, OÙ SONT LES CONSERVATOIRES ?
Un conservatoire désigne principalement un établissement public ou privé dispensant un enseignement artistique spécialisé, notamment en musique, en danse et en art dramatique. Ces institutions proposent des cursus structurés pour tous les âges, allant de l'éveil des enfants jusqu'à la formation professionnelle. Le conservatoire joue un rôle central dans la vie culturelle : enseignement spécialisé : il propose des cours d'instruments, de chant, de théâtre et de formation musicale. Pratiques collectives et amateures : Il favorise l'intégration au sein d'orchestres, de chorales ou d'ateliers. Conservation et diffusion : Il préserve le patrimoine artistique tout en proposant des spectacles et concerts.

Mbolé, Afro beat, Rap, ou encore un mixage de tout cela, la musique camerounaise a évolué, au point où les musiques patrimoniales sont devenues des musiques traditionnelles. Makossa, Bikutsi, Bend-skin etc… la musique camerounaise et ses musiciens sont en train de disparaître aux yeux de tous. L’on ne garde que des Manu Dibango, jean Bikoko Aladin, Eboa Lotin paix à leurs âmes ou encore des Toto guillaume, des ndédi Eyango Tala André Marie où le Fadah Kawtal, le souvenir des chansons d’époque. Comment faire pour transmettre ce haut patrimoine culturel sans que les artistes ne soient impliqués dans la transmission de l’Art musical où sont les conservatoires au Cameroun ? La question mérite d’être posée.
Comment dans un pays aussi culturellement riche que le Cameroun, il n’existe pas de véritable conservatoire pour l’art en général et pour la musique en particulier. Les détenteurs de l’art musical vont-ils s’en aller sans toutefois transmettre aux nouvelles générations les secrets de la musique authentique ? Un conservatoire est une école où l’on peut comme son nom l’indique conserver et transmettre un art. Ici, les artistes sont les acteurs principaux par ce que c’est eux qui transmettent les savoirs et les savoirs faire auprès d’artiste, afin de créer de nouveaux concepts selon un schéma structuré.
Dans un pays aussi riche culturellement que le Cameroun, l’absence de véritables conservatoires apparaît comme une anomalie criante. Les jeunes artistes, livrés à eux-mêmes, n’ont d’autre choix que de créer des tendances inspirées par des influences extérieures, souvent déconnectées des racines musicales locales. Le Mbolé, l’Afrobeat ou le Rap s’imposent comme des courants dominants, mais ils ne suffisent pas à préserver l’authenticité du Makossa, du Bikutsi ou du Bend skin. Sans structures académiques solides, la transmission des savoirs reste aléatoire et dépend de la mémoire collective. Le Cameroun risque ainsi de voir son patrimoine musical se diluer dans une mondialisation qui uniformise les sons. Les conservatoires ne seraient pas seulement des lieux d’apprentissage, mais aussi des sanctuaires de préservation. Ils permettraient aux jeunes de s’approprier leur héritage tout en innovant. C’est cette articulation entre tradition et modernité qui manque cruellement aujourd’hui.
D’un autre côté, il faut dénoncer l’attitude des aînés qui, trop souvent, refusent de partager leur savoir avec la nouvelle génération. Beaucoup restent dans leur coin, pensant que les jeunes doivent toujours se rabaisser pour obtenir quelques bribes de leur expérience. Cet égoïsme freine la transmission et entretient une fracture générationnelle dangereuse. Les grands noms de la musique camerounaise, qui ont marqué l’histoire, n’ont pas créé d’écoles ni de structures pérennes pour former leurs successeurs. Ils préfèrent garder jalousement leurs secrets, comme si la jeunesse devait se contenter de les admirer sans jamais apprendre. Cette posture contribue à l’effacement progressif de l’art musical national. La musique ne peut survivre si elle repose uniquement sur la mémoire des anciens. Elle doit être enseignée, codifiée et transmise dans des cadres institutionnels. Sans cela, les jeunes continueront à chercher ailleurs ce que leurs propres aînés refusent de leur offrir.
Un conservatoire national de musique au Cameroun serait une réponse concrète à cette crise culturelle. Il offrirait un espace où les savoirs traditionnels et modernes pourraient coexister et se renforcer mutuellement. Les jeunes artistes y trouveraient les outils pour perfectionner leur art, tout en découvrant les richesses de leur patrimoine musical. Ce type d’institution garantirait la survie des rythmes authentiques et leur adaptation aux réalités contemporaines. La créativité camerounaise, nourrie par ses racines, pourrait alors se projeter sur la scène internationale avec une identité forte et assumée. Le conservatoire serait aussi un lieu de rencontre et de dialogue entre générations, brisant l’égoïsme des anciens et valorisant l’énergie des jeunes. En pérennisant l’art musical, il contribuerait à renforcer l’image du Cameroun comme une nation culturelle majeure. Plus qu’un projet, c’est une nécessité pour que la musique camerounaise cesse de disparaître aux yeux du monde.
Nanga Paul
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