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Port de Douala : conflit Cyrus Ngo’o Vs Louis Paul Motazé une crise de gouvernance

Au cœur du Port autonome de Douala, poumon économique du Cameroun, un affrontement institutionnel oppose Cyrus Ngo'o, directeur général du PAD, à Louis Paul Motazé, ministre des Finances. Ce conflit, qui porte sur l'attribution du marché du scanning des marchandises, met en lumière les failles d'un système administratif où les intérêts particuliers semblent primer sur l'intérêt général.

Le marché en question concerne l'inspection non intrusive des cargaisons, un dispositif essentiel pour la sécurité, la transparence douanière et la fluidité des opérations portuaires. La législation camerounaise, notamment le décret portant réglementation des marchés publics et les dispositions relatives à la gestion des entreprises publiques, prévoit que les procédures d'attribution doivent respecter les principes de transparence, de concurrence et d'efficacité. Or, la décision du PAD de confier ce marché à Transatlantic D SA, en remplacement de SGS, a été annulée par le ministère des Finances, qui invoque des irrégularités dans le processus.

Ce bras de fer révèle une tension entre deux logiques institutionnelles. D'un côté, le PAD revendique son autonomie de gestion et sa capacité à choisir ses partenaires techniques selon ses propres critères. De l'autre, le ministère des Finances rappelle que toute dépense publique, même dans une entreprise à capitaux publics, doit être encadrée par les règles budgétaires et validée par l'autorité compétente. Cette opposition traduit une absence de coordination entre les pôles de décision, une fragmentation du pouvoir qui affaiblit la cohérence de l'action publique.

Au-delà des considérations techniques, ce conflit expose des enjeux politiques et économiques plus profonds. Le port de Douala est un espace stratégique, à la fois source de recettes fiscales et levier d'influence. Le choix du prestataire pour le scanning n'est pas neutre : il conditionne les flux commerciaux, les contrôles douaniers et les marges de manœuvre des différents acteurs. En contestant la décision du PAD, le ministère des Finances cherche à reprendre la main sur un secteur où les intérêts privés et les réseaux d'influence sont puissants.

Mais cette lutte de pouvoir a des conséquences concrètes. Le blocage du processus d'attribution retarde la mise en œuvre du nouveau dispositif de contrôle, ralentit les opérations portuaires et fragilise la chaîne logistique. Les opérateurs économiques, déjà confrontés à des délais et des coûts élevés, voient leur activité pénalisée. Les recettes douanières risquent de diminuer, faute de contrôle efficace. Et les usagers du port, qu'ils soient importateurs, exportateurs ou transporteurs, subissent les effets d'une gouvernance défaillante.

Ce conflit illustre les limites d'un système où les institutions ne coopèrent pas, où les procédures sont instrumentalisées, et où la logique de clan l'emporte sur celle du service public. Il révèle une crise de gouvernance, marquée par l'absence de dialogue, la méfiance entre les acteurs et le manque de vision partagée. Il témoigne aussi d'un abandon de l'intérêt général, sacrifié sur l'autel des rivalités administratives et des calculs politiques.

Dans un pays où le port de Douala représente une porte d'entrée majeure pour les marchandises et un pilier de l'économie nationale, une telle paralysie est préoccupante. Elle appelle à une réforme profonde des mécanismes de régulation, à une clarification des compétences et à une restauration de l'autorité de l'État dans sa fonction d'arbitre. Sans cela, le port risque de devenir le théâtre permanent de luttes intestines, au détriment du développement, de la compétitivité et de la confiance des acteurs économiques.

 Nanga Paul

 

 

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