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Les mesures osées, que propose cet économiste pour sortir le Cameroun de l'endettement interminable.

 Les trois grands moments de l'histoire économique du Cameroun

En 63 ans d’indépendance, l’histoire économique du Cameroun a connu trois grands moments.

  • La période postindépendance, de 1960 en 1990, l’Etat est le principal acteur économique ; il est à la fois producteur et consommateur. C’est lui qui crée les entreprises et partant les emplois. C’est une période de prospérité, qu’accompagne « l’aide au développement[1]».
  • La période de mutation économique de 1990 à 2006, commandée par le libéralisme, au cours de laquelle l’Etat   est contraint de libérer l’espace économique aux opérateurs privés. Ce fut une période décisive pour les multinationales occidentales et autres asiatiques qui, grâce aux politiques de privatisations, s’emparèrent de tous les secteurs « juteux » de l’économie. C’était à notre avis la porte d’entrée pour une seconde  recolonisation ;
  • La période de l’endettement. l’Etat appauvrit de 2006 à 2023, privé de ressources[2] ne disposant pas de capitaines d’industrie pour prendre le relais, assistait impuissant à ce spectacle désolant de son économie, livrée et bradée au grand capital international. La stratégie d’impérialisme économique de seconde génération était bel et bien en marche. Cette période est celle qui fait de l’endettement[3] le pilier de sa « politique d’Emergence ».

Définition des concepts

 Il est bon que nous accordions sur deux concepts souvent usités, mais faisant parfois l’objet de confusion. LE SYSTEME ET LE REGIME.

LE SYSTEME

Le système politique, économique et social pourrait se définir comme l’ensemble des processus qui gouvernent le fonctionnement d’un Etat ou d’un ensemble d’Etats. C’est le cas des Etats d’Afrique francophone, l’on parle souvent du système néocolonial[4]. Dans le cas d’espèce, c’est un ensemble de processus qui favorise l’exploitation des anciennes colonies, même après le départ des anciens colons (la décolonisation). On peut citer sur le plan des politiques monétaires l’omniprésence du FCFA[5] qui fonctionne avec un processus d’assujettissement des économies concernées à l’économie française. Au plan de la coopération stratégique, des accords signés entre la France et ces Etats, lui octroyait la priorité sur l’exploitation des richesses. Le système demeure stable, indépendamment du changement de régime et ne peut être changé que par une révolution ;

LE REGIME

Le régime politique, économique et social est en réalité un modèle de fonctionnement, commandé par un leader, qui obéit aux paradigmes (processus) du système[6] ;  le fonctionnement d’un Régime  dépend ainsi des tempéraments de ceux qui les gouvernent, des conjonctures, des doctrines véhiculées[7]

Le changement de Système correspond à une révolution, alors que le changement de régime est généralement une alternance à la tête de l’Etat.

L’ALTERNANCE, parlons-en un tout petit peu, pour rester dans l’air du temps. En règle générale, l’alternance appelle le changement du leader central (chef de l’Etat). Ce changement peut s’opérer par l’application des dispositions constitutionnelles, cas du Passage de témoin Ahidjo/Biya, Houphouët Boigny/Konan Bédié. Il peut également s’effectuer par la force des armes, c’est le cas des dizaines voire centaines de coups d’Etat observés en Afrique, Amérique Latine, l’Asie, le Moyen –Orient etc.

Le système s’est de tout de temps réajusté, au gré des conjonctures et des conjectures, l’essentiel étant la préservation les intérêts de la « métropole » tandis que les régimes connaissent des variations dans leurs trajectoires.

ESQUISSE DE DIAGNOSTIC

Le statuquo systémique entretenu et maintenu

On peut dire dans le cas du Cameroun, que nous sommes dans le même système depuis l’indépendance mais que deux régimes se sont succédé.

Au plan de la gouvernance stratégique et politique,

L’on est passé d’un modèle de pluralisme politique (1960 à 1966)  au parti unique (1966 à 1990).

Au plan économique l’on a migré de l’interventionnisme au Libéralisme. Sans que les fondamentaux du logiciel d’exploitation néocolonial soit mis à jour, le FCFA étant toujours présent ; l’exploitation des ressources naturelles s’opèrent toujours sous le contrôle des puissances.

Au plan du commerce extérieur, le pays importe massivement[8] l’essentiel des produits de consommation courante, tandis que sa balance commerciale accuse un déficit abyssal, ce qui n’est pas très attrayant pour les IDE[9].

 Le pays fonctionne avec des politiques d’austérité[10]. Le désargentement des citoyens a atteint des proportions alarmantes, ce qui impacte négativement la demande et partant la croissance.

 Le système financier étant contrôlé par des banques (commerciales) de premier ordre donc, ne pouvant faire du crédit de longue période et très souvent plus apte à financer les multinationales aux dépends de l’économie domestique.

La faiblesse de production économique pousse l’Etat à un endettement permanent, au point que la dette constitue désormais le cœur de l’économie camerounaise. Une actualité récente nous informe que le programme économique avec le FMI[11] a été prolongé jusqu’en 2025 et que le Cameroun bénéficiera d’une bouffée d’oxygène de l’ordre 145 millions de dollars[12], ce qui apparait aux yeux de nos décideurs comme une grande victoire.

Des politiques de ressources humaines sans perspective rassurante[13], ni prospective[14] et dénuée de pragmatisme.

Le chômage des jeunes, la fuite organisée des cerveaux et l’immigration clandestine

L’on ne saurait abréger ce diagnostic peu reluisant sans évoquer la situation tragique dans laquelle se trouve une large partie de notre jeunesse, confrontée quotidiennement à la question du chômage, de l’emploi indécent, du sous-emploi. Si bien que le nombre de jeunes, candidats à l’immigration par tous les moyens, va toujours croissant. Les occidentaux ayant constaté ce désarroi, lancent des appels internationaux à l’emploi, qui attirent les jeunes comme la ruche appelle les abeilles. Ainsi, nous formons à grands frais nos enfants mais ils vont servir l’occident. Pendant que nous diabolisons[15] l’école, l’intellect est magnifié ailleurs et reste une des véritables ressources des pays. En effet quelqu’un qui a fait de bonnes études est facile à former dans toutes sortes de métiers.

Cette saignée en ressources humaines ne semble pas beaucoup inquiéter au contraire, des jeunes ayant traversé le désert reviennent souvent avec des trophées et sont décorés sans que l’on s’interroge sur ceux qui n’ont pas eu la même endurance et dont les corps reposent sous les dunes des déserts ou sous les océans. Ou même ceux qui végètent dans quelques pays esclavagistes.

L’abandon des seniors.

Mieux, nos politiques de ressources humaines sans une approche prospective ni pragmatisme, nous emmènent à abandonner l’expertise des Seniors, en les précipitant à la retraite[16]. Ils sont généralement recrutés par l’Occident, qui bénéficie ainsi de tous les retours d’expérience.

Les richesses du pays ne sont pas équitablement redistribuées entre les citoyens, l’écart entre riches et pauvres n’a cessé de grandir, une minorité s’étant accaparée l’essentiel des ressources[17] et des positions sociales. 

La domination culturelle demeure. Au Cameroun, les langues française et anglaise sont dominantes au point de faire l’objet d’un conflit permanent, d’abord latent, de 1961 en 2016, puis violent depuis 2017. Les religions foisonnent, les églises naissent chaque jour et au Nom de Jésus promettent la prospérité par une baguette magique.

Au regard de ce diagnostic rapide, il y a lieu de s’interroger sur la qualité de l’itinéraire dans lequel nous sommes engagés depuis 6 décennies. N’est –il pas temps pour nous de nous arrêter et de nous poser la question simple et fondamentale : où allons-nous ?

Le prochain article LA FORCE DES REFORMES, explorera au regard de ce diagnostic, les voies possibles d’amélioration. Que faut-il faire ?

Joseph Marie Eloundou

Consultant Senior

 

[1] Après les indépendances, nos maîtres d’hier avait cru bon de soutenir les jeunes Etats, en leur octroyant des « aides ». ce concept, de moins en moins usité avait fait l’objet d’une grande controverse. L’aide au développement pour beaucoup était une forme de vassalisation. Pour d’autres elle était à la base de la paresse des élites gouvernantes qui ne déployaient pas suffisamment d’efforts en faveur de programmes nationaux pour une production interne des richesses. Se contentant de tendre la main.

[2] L’Office National de Commercialisation des Produits de Base, principal pourvoyeurs de fonds avait été fermé.

[3] La dette du Cameroun, intérieure plus extérieure caracole  va chercher dans les 20.000 milliards

[4] C’est la survie de la colonisation, en vue de continuer et perpétrer le système d’exploitation.

[5] Lire notre article du 10 octobre 2023 ; FINANCE : le Franc CFA, la duperie financière au service de l’impérialisme monétaire

[6] Au niveau global, il y a toujours des batailles systémiques par exemple  Historiquement nous connaissons la bataille EST/OUEST. L’avènement des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) s’apparente à une véritable révolution dans les relations internationales.

[7] Régimes : présidentiel, semi-présidentiel, parlementaire, parti unique, démocratique, islamique etc.

[8] L’on évalue à plus de mille milliards les importations camerounaises.

[9] Investissements directs étrangers

[10] Réduction des salaires, mise au chômage technique, réduction du « train de vie de l’Etat » etc.

[11] Fonds Monétaire International.

[12] Environ 87 milliards de dollars

[13] Les jeunes et même de plus en plus de seniors vont offrir leurs expertises en occident où les revenus sécurisent leur bien-être pour les jeunes leur fin de carrière pour les Seniors.

[14] L’on ne suit pas de très près l’évolution du monde, en vue de rechercher les nouvelles niches d’emplois et de prospérité.

[15] Ces derniers temps, il n’est pas rare d’entendre dire que l’école (entendez par là  les diplômes) ne sert à rien.

[16] Les retraités de l’IRAD font le bonheur de l’agriculture de certains pays africains.

[17] Constat fait par Paul Biya lui-même au cours d’un Congrès. Il avait alors promis que les coupables de ces malversations allaient « rendre gorge ».

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