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Guinée Equatoriale: De Malabo à Djibloho, le pari d’une nouvelle capitale

La Guinée équatoriale a franchi une étape historique en décidant de transférer sa capitale de Malabo, située sur l’île de Bioko, vers Ciudad de la Paz, dans la province continentale de Djibloho. Ce changement, officialisé en janvier 2026, marque une rupture symbolique et stratégique dans l’histoire du pays. Malabo, héritée de la colonisation espagnole, avait longtemps incarné le centre politique et administratif depuis l’indépendance en 1968. Mais son insularité, sa densité urbaine et ses limites d’expansion ont progressivement révélé les contraintes d’une capitale tournée vers l’océan, éloignée du cœur continental.

Ciudad de la Paz, anciennement appelée Oyala, est une ville planifiée au milieu de la forêt équatoriale. Sa construction, entamée en 2008, répond à une volonté de modernité et de rééquilibrage territorial. Le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a voulu y inscrire une nouvelle ère institutionnelle, en rapprochant le pouvoir du continent et en offrant une capitale dotée d’infrastructures modernes, conçues pour incarner l’efficacité et la durabilité. Située à proximité de Bata, capitale économique du pays, elle bénéficie d’une meilleure accessibilité routière et d’un potentiel d’expansion que Malabo ne pouvait offrir.

Les raisons de ce transfert sont multiples. Elles tiennent à la volonté de réduire la dépendance à l’île de Bioko, de favoriser un développement plus équilibré entre les différentes régions, mais aussi de projeter une image futuriste et ambitieuse sur la scène internationale. Ciudad de la Paz est pensée comme une vitrine du pays, une capitale administrative capable de soutenir la croissance démographique et de répondre aux exigences d’un État moderne.

Cependant, ce choix n’est pas exempt de défis. Le coût colossal de la construction, financé par les revenus pétroliers, suscite des critiques sur le gigantisme du projet et son impact budgétaire. La transition administrative, avec le déplacement des institutions et des fonctionnaires, représente une logistique complexe. L’acceptation sociale reste incertaine, car il s’agit d’une ville nouvelle, encore en construction, parfois perçue comme artificielle. De plus, l’implantation en pleine forêt tropicale soulève des inquiétudes environnementales, tandis que Malabo risque de perdre une partie de son dynamisme politique, même si elle conserve un rôle économique et historique.

Le transfert de la capitale de Malabo vers Ciudad de la Paz illustre ainsi les ambitions de la Guinée équatoriale, entre modernité et centralisation, mais aussi les tensions inhérentes à un projet d’une telle ampleur. Il s’agit d’un événement qui combine enjeux politiques, urbanistiques et symboliques, tout en ouvrant un débat sur les avantages et les inconvénients d’une capitale construite ex nihilo. Pour les observateurs, cette décision reflète la volonté du pays de se projeter dans l’avenir, mais elle pose aussi la question de la durabilité et de l’impact réel sur le développement national.

 Gontran Eloundou
Analyste Politique

 

 

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