Remaniement ministériel 2026 : Le ministre des sports a-t-il été un mauvais ministre ?
Remaniement ministériel 2026 : Le ministre des sports a-t-il été un mauvais ministre ?
Depuis sa nomination à la tête du ministère des Sports et de l’Éducation physique, Narcisse Mouelle Kombi s’est retrouvé au cœur de la scène sportive camerounaise avec une mission délicate, celle de concilier les attentes des fédérations, des athlètes et de l’opinion publique tout en affirmant l’autorité de l’État. Son mandat s’est ouvert dans un contexte marqué par des tensions institutionnelles et des attentes immenses, notamment après l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations 2022 qui avait placé le Cameroun sous les projecteurs du continent. Dès ses premières années, il a cherché à imposer une discipline administrative et à rappeler que les fédérations sportives ne sont pas des entités indépendantes mais des structures placées sous tutelle, ce qui a nourri des débats sur la gouvernance du sport et sur la place de l’État dans un domaine où les passions populaires sont fortes.
Ses relations avec les présidents de fédération ont souvent été complexes et parfois conflictuelles. Avec l’ancien président de la Fédération camerounaise de volley-ball, les rapports ont été marqués par des divergences sur la gestion interne et sur la reconnaissance institutionnelle de la fédération. Le ministre a tenté d’imposer une ligne de conduite stricte, mais cette posture a souvent été perçue comme une volonté de centraliser le pouvoir et de réduire l’autonomie des dirigeants sportifs. Ces tensions ont fragilisé la dynamique du volley-ball camerounais, une discipline qui peine à retrouver son éclat malgré des performances honorables sur le plan continental.
La relation avec Samuel Eto’o, président de la Fédération camerounaise de football, a été l’un des points les plus sensibles de son mandat. Eto’o, figure charismatique et populaire, a incarné une volonté de réforme et d’indépendance qui s’est parfois heurtée à la vision du ministre. Les échanges entre les deux hommes ont souvent été scrutés par l’opinion publique, certains y voyant une lutte d’influence entre un ancien joueur devenu dirigeant et un ministre représentant l’État. Si des moments de coopération ont existé, notamment autour de l’organisation des compétitions internationales, les divergences sur la gouvernance et la gestion des ressources ont alimenté une tension permanente qui illustre les difficultés à harmoniser les ambitions personnelles et les impératifs institutionnels.
Au-delà du football et du volley-ball, d’autres disciplines ont souffert d’un manque de suivi et de soutien. L’haltérophilie et le powerlifting, pourtant porteurs de talents et de médailles dans certaines compétitions africaines, ont été minés par des querelles internes et par une absence de politique claire de développement. Les athlètes se sont souvent plaints du manque de moyens, de l’absence de salles adaptées et de la faible reconnaissance institutionnelle de leurs efforts. Le ministère n’a pas su mettre en place une stratégie cohérente pour encadrer ces disciplines, ce qui a contribué à leur marginalisation dans le paysage sportif national.
Sur le plan des infrastructures, le bilan de Narcisse Mouelle Kombi reste contrasté. Si la CAN 2022 a permis la construction et la rénovation de stades modernes à Yaoundé, Douala et Garoua, ces réalisations demeurent concentrées dans quelques grandes villes et ne répondent pas aux besoins de l’ensemble du territoire. Dans de nombreuses régions, les jeunes continuent de pratiquer le sport sur des terrains précaires, sans équipements adaptés ni encadrement structuré. L’absence d’une politique nationale de développement des infrastructures sportives se fait cruellement sentir, et le Cameroun reste marqué par une inégalité territoriale qui limite l’accès au sport pour une grande partie de la population.
L’éducation physique, censée être un pilier de la formation des jeunes, n’a pas bénéficié d’une impulsion forte sous son mandat. Les programmes scolaires restent insuffisants, les enseignants manquent de moyens et les établissements ne disposent pas des infrastructures nécessaires pour faire du sport un véritable outil de santé publique et de cohésion sociale. Cette carence traduit l’absence d’une vision globale et durable du développement du sport, qui aurait pu s’appuyer sur l’école comme vecteur de démocratisation et de formation des talents.
Le bilan de Narcisse Mouelle Kombi apparaît ainsi comme une succession de réussites ponctuelles et de manquements structurels. Il a su défendre l’image du Cameroun lors des grandes compétitions internationales et imposer une certaine rigueur administrative, mais il n’a pas réussi à instaurer une politique cohérente de développement du sport sur l’ensemble du territoire. Ses relations tendues avec plusieurs présidents de fédération, ses difficultés à encadrer des disciplines émergentes comme le powerlifting et son incapacité à réduire les inégalités en matière d’infrastructures laissent une impression mitigée. Son passage au ministère illustre les contradictions d’une gouvernance sportive qui oscille entre centralisation et autonomie, entre ambition internationale et carence locale, entre volonté de contrôle et incapacité à bâtir une vision durable.
Gontran Eloundou
Analyste politique

- Créé le .
- Vues : 38
