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Remaniement ministériel 2026 : ministère des Transports, Ngalle bibehe at-il été à la hauteur ?

Depuis sa nomination au ministère des Transports, Jean Ernest Ngale Bibehe s'est retrouvé au cœur d'un secteur stratégique pour le Cameroun, celui de la mobilité et de la régulation des flux routiers, ferroviaires, aériens et maritimes. Son mandat s'est ouvert dans un contexte marqué par une forte demande en modernisation et par des attentes pressantes de la population face aux défis de la sécurité routière et de la vétusté des infrastructures. Dès ses premières années, il a affiché une volonté de renforcer la régulation et de mettre en place des mesures de contrôle plus strictes, notamment sur les routes où les accidents restent fréquents et meurtriers. Les campagnes de sensibilisation et les opérations de contrôle ont été multipliées, traduisant une volonté de réduire les risques et d'instaurer une culture de prévention, mais les résultats restent atténués face à l'ampleur du problème.

Ses relations avec les acteurs du transport routier ont souvent été marquées par des tensions. Les syndicats de chauffeurs et les compagnies de transport ont énoncé à plusieurs reprises le manque de concertation et l'absence de solutions durables aux problèmes structurels. Le ministre a tenté d'imposer une discipline administrative et de renforcer les contrôles techniques, mais cette approche a parfois été perçue comme punitive plutôt que constructive. Dans le secteur ferroviaire, les efforts ont été portés sur la modernisation de la ligne Douala Yaoundé et sur la sécurisation des trajets, mais les investissements sont restés insuffisants pour répondre aux besoins d'un réseau vieillissant.

Dans le domaine aérien, Jean Ernest Ngale Bibehe a supervisé la régulation des compagnies et la modernisation des aéroports, notamment à Yaoundé et Douala. Ces initiatives visaient à améliorer l'image du Cameroun et à attirer davantage de flux internationaux. Toutefois, les critiques ont pointé la lenteur des réformes et l'absence d'une stratégie claire pour renforcer la compétitivité du secteur aérien face aux compagnies étrangères. Le transport maritime, quant à lui, a bénéficié de quelques mesures de régulation mais reste marqué par des insuffisances criantes en matière d'infrastructures portuaires et de logistique.

Sur le plan des infrastructures, le bilan du ministre apparaît contrasté. Si des projets de modernisation ont été lancés, ils restent concentrés dans les grandes villes et ne répondent pas aux besoins de l'ensemble du territoire. Les routes secondaires restent en mauvais état, les gares routières sont souvent insalubres et les infrastructures ferroviaires et portuaires souffrent d'un manque d'entretien chronique. L'absence d'une politique nationale cohérente de développement des transports se fait sentir, et le Cameroun peine à mettre en place un réseau intégré capable de soutenir la croissance économique et de faciliter la mobilité des populations.

La sécurité routière, qui devait être l'un des piliers de son action, reste un défi majeur. Malgré les campagnes de sensibilisation et les contrôles renforcés, le nombre d'accidents demeure élevé, révélant les limites d'une approche centrale sur la répression plutôt que sur la prévention et l'éducation. Les usagers dénoncent le manque d'infrastructures adaptées, l'absence de signalisation et la vétusté des véhicules, autant de facteurs qui contribuent à maintenir un niveau de risque élevé.

Le bilan de Jean Ernest Ngale Bibehe au ministère des Transports illustre les contradictions d'une gouvernance qui oscille entre volonté de régulation et incapacité à instaurer une vision durable. Son passage a permis de rappeler l'importance stratégique du secteur et de poser quelques jalons en matière de modernisation, mais il n'a pas réussi à transformer en profondeur la réalité des transports au Cameroun. L'absence d'infrastructures sur l'ensemble du territoire, la persistance des problèmes de sécurité routière et le manque de stratégie globale laissent une impression mitigée, celle d'un mandat marqué par des efforts ponctuels mais véritablement sans cohérence nationale.

 Gontran Eloundou
Analyste politique

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