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PAUL BIYA 8ème MANDAT.QUELLE TRANSITION?

 

 

La transition est un passage progressif d’un état à un autre, impliquant un changement systémique.

La candidature de Paul BIYA à l’élection présidentielle de 2025 a surpris plus d’un citoyen. Ceci d’autant plus que lui-même, répondant à un journaliste français au cours d'une interview conjointe avec le président français Emmanuel Macron sur la question de sa candidature à l'élection du 12 octobre2025, était resté circonspect. Il avait alors déclaré que si le peuple estimait qu’il ne pouvait plus se présenter, «il rentrerait au village». Le peuple a estimé qu'il était encore utile.

Les résultats de l’élection, environ 54% pour et 46% contre, sont le meilleur thermomètre qui permet de jauger du niveau de popularité du Président ainsi que de l'adhésion du peuple à sa politique. Démocratiquement, si l’on s’en tient aux chiffres, le Président a gagné.

Force est cependant de constater qu’il a énormément perdu du terrain par rapport à l’élection du 7ème mandat et ceci ne saurait laisser indifférent tout observateur lucide.

 L’heure finale approche inéluctablement. Ne nous cachons pas le visage.

Il ne s’agit plus à notre avis de demander au Patriarche de développer le pays. Le slogan de la campagne « GRANDEUR ET ESPERANCE » est d’ailleurs assez évocateur et porte un message subliminal. Il est dépourvu de toute matérialité et plein de spiritualité. Il est question de mettre de l’ordre et de transmettre le pays en des mains sûres, comme il l’a reçu lui-même.

 Nous devons ensemble, l’accompagner dans cet itinéraire.

Une vie au service du Cameroun.

Au-delà des attitudes partisanes, tout citoyen ordinaire peut constater que notre Patriarche, après 64 ans dans la haute administration et 43 ans à la tête de l’État aura tout donné à son pays. On peut affirmer sans grand risque de se tromper qu’il s’est sacrifié pour son pays et son Peuple.

Son long magistère à la tête de l’État a cependant produit une génération qui n’a connu que Lui et ignore donc le long et difficile itinéraire parcouru.

Nous sommes les témoins de l’histoire et nous pouvons en parler avec autorité.

Paul Biya mérite d’être magnifié pour son courage, sa patience et sa détermination. Nous devons « remercier le ciel » de l’avoir gardé, longtemps et en santé à la tête de notre pays. C’est une véritable grâce pour nous car, «ne dure pas au pouvoir qui veut mais qui peut - le pouvoir vient de Dieu -».

En fait, tout pouvoir vient de Dieu.

Quelques moments glorieux du magistère de Paul Biya.

Nous n’avons pas l’ambition de dresser le Bilan du Renouveau.

 Ce serait fastueux voire fastidieux. Nous nous permettons simplement, en tant que témoin oculaire, d’évoquer certains grands moments de ce parcours qui il faut dire, au risque d’être redondant, n’a pas été qu’un long fleuve tranquille.

Au PLAN POLITIQUE, le pays que Paul Biya a reçu fonctionnait avec un régime de parti unique, gouverné par les lois d’exception, qui entravait toute liberté d'expression et la condamnaient en guise de subversion. Paul Biya  y a mis un terme et a instauré le multipartisme et une loi libéralisant la vie politique. Dans la foulée, la même loi libéralisait les médias ainsi que le commerce. La forme de l’État (État unitaire fortement centralisé) a évolué vers l’État décentralisé avec toujours pour toile de fond, la préservation de l’ UNITÉ NATIONALE.

AU PLAN ECONOMIQUE l’interventionnisme étatique a cédé la place au libéralisme, ce qui a permis aux camerounais de prendre une part plus active à la marche de l’économie de leur pays.

Conclusion1

On peut dans une première conclusion affirmer que le Président, patiemment et sûrement, a mené avec brio la transition sociopolitique et économique du pays.

DES OBSTACLES

Les principaux obstacles relèvent de deux ordres :  les politiques, économiques et sécuritaires. Au plan politique, le processus de démocratisation du pays s’est accompagné de graves perturbations sociales. Les réactions des forces politiques et sociales suite aux lois sur la libéralisation qui ont vu renaître les partis nationalistes ainsi la création de nouveaux partis politiques, ont causé de graves troubles sociaux, caractérisés par des actes de violence, perpétrés sur les personnes et les biens. Si cette recrudescence de la violence peut trouver un début d’explication par le fait que le pays était resté longtemps sous la poigne de fer du régime Ahidjo, l’on ne peut s’empêcher d’observer et d’admettre que ce fut une période difficile à gérer et que Paul Biya le fit avec maestria.

Dans la même période - fin des années 1980 début 1990 - l’économie camerounaise a dû faire face à la fois à une conjoncture et une mutation qui ont plongé le pays dans une crise économique, près de trois décennies durant. Cette situation reste et demeure l’une des grosses épines au pied du Renouveau.

Les questions sécuritaires figurent aujourd’hui au premier rang des problèmes que rencontre le régime de Paul Biya.

Elles se sont présentées sous des formes dont la récurrence semblent programmée. Leur gestion à suscité d’énormes ressources humaines, financières et logistiques, ce qui avait gravement obéré les succès économiques du Pays. Ce sont:

- la guerre de BAKASSI de 1994 à 2002

- - la guerre contre BOKO HARAM dès 2009 qui reste larvée.

- - Le Conflit armé du Nord Ouest et du Sud Ouest d’expression anglaise.

- - l’insécurité nationale et transfrontalière;

On peut dans une seconde conclusion affirmer que l’œuvre du Président dans le cadre de la défense de l’intégrité du territoire est satisfaisante.

Les obstacles furent très nombreux, et Paul Biya les a gérés avec un rare doigté. Globalement, au regard des difficultés décrites, l’itinéraire du Magistère de Paul Biya est largement satisfaisant et mérite d’être magnifié.

L’AGGIORNAMENTO

Le présent septennat est celui du Grand Bilan, d’un diagnostic sans complaisance pour  le passage en douceur vers un Cameroun débarrassé des scories sociopolitiques et économiques bien identifiés.

 Une sorte d’automédication s’impose, un aggiornamento.

SORTIR PAR LA GRANDE PORTE ET...L’ESPÉRANCE DES GENERATIONS

Le Président Paul BIYA se réinstalle donc pour un huitième mandat placé sous le signe de la «Grandeur et de l’Espérance». A l’observation, ce mandat au regard de tout ce qui précède est celui de la transition vers un Cameroun apaisé et programmé pour la prospérité. Ce mandat doit justement être celui de la préparation d’une sortie par la Grande Porte de l’Histoire et celui de l’Espérance pour les générations d’aujourd’hui et de demain.      Cela ne se fera pas par une élection. Cela doit se faire par le choix d’un homme mieux, d’une équipe de patriotes. Des hommes que Paul Biya connaît sûrement, pour avoir travaillé avec tous. LES HOMMES DE LA TRANSITION

  Il est loisible et l’on peut aisément, pourvu que l’on le veuille, d’identifier les grands maux qui pourraient miner l’évolution paisible de notre pays. Les problèmes que le mandat de la transition est appelé à résoudre, en vue d’assurer un passage de témoin en douceur.

Les hommes de la transition doivent être porteurs d’un certain nombre de valeurs pour affronter les défis futurs.

La toute première épine est à notre avis, le tribalisme. Nous devons l’extirper. Nous avons observé la montée en puissance du communautarisme, qui se manifeste par un discours violent que l’on n’hésite plus à qualifier de « haineux », entre les différentes communautés camerounaises qui se construisent en se constituant en association. La forme la plus aiguë de ce sentiment antipatriotique se manifeste depuis 2017 par des mouvements qui prônent la sécession et qui ont carrément pris les armes contre l’État. D’autres manifestations de cette gangrène qui pourrait se muer en un cancer en phase terminale s’observent aisément dans les formations politiques ainsi que lors des élections. Cette situation est très préoccupante pour les adeptes de la construction de l’État-Nation qui redoutent à juste titre son éclatement. La deuxième épine est la corruption et ses maladies opportunistes .  Au delà des détournements des fonds publics, qui contribuent à l’appauvrissement du pays, beaucoup de nos leaders, gestionnaires de deniers publics, ont perdu le sens du bien collectif ainsi que celui de la nation et se sont illustrés par des comportements de cooptation sur fond de favoritisme, qui faussent complètement toute égalité de chance. La troisième épine, plus pernicieuse est  le «rebattage» des cartes de la nouvelle géopolitique globale qui se profile, avec l’avènement du multilatéralisme et les peurs qu’il suscite aux grandes puissances impérialistes en perte de vitesse. Ces grandes puissances impérialistes et militaires n’hésitent pas au prétexte de soutien à la démocratisation des nations qu’elles considèrent d’ailleurs comme leurs propriétés, à intervenir et même à enlever des chefs d’État élus.  Au regard de ce qui précède, un remaniement ministériel ordinaire s’apparente à un déficit d’observation profonde et pertinente de la situation que vit le pays. A moins qu’il ne soit une réponse conjoncturelle à la demande d’un peuple qui ne veut plus voir «certaines têtes». Pour notre part nous avons plus besoin qu’un simple jeu de chaises musicales. Ce qui est certain, nous n’irons pas chercher à la lune ces hommes de la transition. Ils sont parmi nous. En tant qu’observateur de notre société  depuis plus de trois décennies, nous pouvons nous permettre de décrire le portrait robot des acteurs-clé de cette difficile et délicate transition.

Joseph Marie Eloundou
Journaliste 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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