LE SOMMET AFRICA FORWARD REMPLACE LES TRADITIONNELS SOMMETS AFRIQUE FRANCE.
Sommet Africa Forward à Nairobi : Macron tente de redéfinir les relations France – Afrique dans un nouveau paradigme économique .

Depuis les indépendances des années 1960, les relations entre la France et l'Afrique ont été marquées par une forte empreinte politique, économique et culturelle. Le terme « Franç afrique » symbolisait cette proximité , souvent critiqué pour ses réseaux opaques et ses influences néocoloniales . Les sommets France – Afrique, initiés dans les années 1970 , servaient de plateforme pour réaffirmer cette coopération , mais aussi pour maintenir une forme de tutelle implicite. Les accords militaires, les bases françaises et le rôle du Franc CFA ont longtemps incarné cette dépendance. Paris se présente comme le garant de la stabilité, tandis que les élites africaines y trouvent un soutien politique et financier. Cependant, cette relation asymétrique a progressivement suscité des contestations. Les nouvelles générations africaines ont énoncé une continuité coloniale masquée. Les crises politiques et économiques ont accentué les critiques. Ainsi, l'historique des relations franco-africaines reste ambivalent : entre solidarité affichée et domination implicite.
Nouvelle donne géopolitique et sommet de Nairobi.
Le sommet France-Afrique de Nairobi, conduit par Emmanuel Macron, illustre une tentative de rupture avec le paradigme ancien. Rebaptisé « Africa Forward » , il se veut une plateforme égalitaire, tournée vers l' avenir et les partenariats stratégiques . La France cherche à se repositionner dans un contexte où la Chine, la Russie, la Turquie et les États du Golfe multiplient leur influence sur le continent. Macron insiste sur une relation de co‑construction, axée sur l' innovation , la jeunesse et la transition écologique . Nairobi devient le symbole d'un dialogue renouvelé, loin des capitales traditionnelles comme Paris ou Dakar. La France tente de convaincre qu'elle n'est plus dans une logique de tutelle, mais dans une dynamique de partenariat. Toutefois, cette nouvelle donne reste fragile : les opinions publiques africaines restent sceptiques. Les enjeux sécuritaires au Sahel et les tensions économiques compliquent ce repositionnement. Le sommet marque une évolution, mais pas encore une rupture définitive.
Doutes et similitudes persistantes.
Malgré le discours de renouveau, des doutes subsistent sur la profondeur du changement. Le parallèle avec le Franc CFA est révélateur : potentiellement devenu « Franc des Communautés Financières Africaines » , il conserve le même sigle et la même logique de dépendance monétaire. De la même manière , « Africa Forward » semble être une reformulation plus qu'une transformation . Les critiques soulignent une continuité dans les structures : accords militaires, influence économique , et rôle de la France dans les institutions africaines. Les similitudes nourrissent la suspicion que le changement est davantage rhétorique que réel. Les populations africaines, conscientes des enjeux de souveraineté, réclament une véritable autonomie. Le doute plan : la France peut‑elle réellement se détacher de son passé colonial ? Ou bien s'agit ‑il d' un habillage linguistique destiné à apaiser les critiques ? Le sommet de Nairobi illustre cette tension : entre volonté affichée de rupture et persistance des symboles héréditaires .
Gontran Eloundou
Analyste politique
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