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DE L’ALTERNANCE GÉNÉRATIONNELLE À L’ALTERNATIVE SYSTÉMIQUE. PLAIDOYER POUR L'HÉRITAGE À PARFAIRE

DE L’ALTERNANCE GÉNÉRATIONNELLE À L’ALTERNATIVE SYSTÉMIQUE. PLAIDOYER POUR L'HÉRITAGE À PARFAIRE

Depuis quelques mois, une page se tourne. Une génération d’octogénaires et de nonagénaires s’éteint, paisiblement, discrètement, comme si un rendez-vous secret avait été pris avec le temps. À chaque départ, c’est un pan de mémoire qui s’éloigne, un témoin de l’indépendance qui se tait.

 Il faut le dire d’emblée, avec respect et sans calcul : ces aînés méritent notre gratitude. Ils ont traversé la colonisation, porté l’indépendance, maintenu l’État dans des moments où tout invitait à la dislocation. Ils ont tenu l’administration, l’école, l’armée, la diplomatie. Ils ont fait des choix avec les moyens de leur temps, dans un monde qui n’attendait pas l’Afrique. L’héritage qu’ils nous laissent est imparfait, comme toute œuvre humaine. Mais c’est un héritage. Un territoire unifié. Une fonction publique. Des routes, des hôpitaux, des écoles. Une idée du Cameroun.

 Mépriser cet héritage au prétexte qu’il est ancien serait une ingratitude. Notre devoir n’est pas de le renier, mais de le parfaire. C’est pourquoi il est nécessaire de clarifier un débat qui s’impose : celui de l’alternance.

Depuis quelque temps, l’expression « alternance générationnelle » revient comme un mot d’ordre. Elle suggère que le changement viendra mécaniquement du remplacement des aînés par les jeunes. J’affirme ici que cette bataille est une inutile débauche d’énergie. Non pas parce que la jeunesse n’a pas sa place. Elle l’a, et elle l’aura, par la force des choses. Mais parce que l’alternance générationnelle est naturelle et inéluctable. Elle n’a pas besoin de notre agitation. La biologie s’en charge.

Le vrai enjeu n’est pas l’âge des hommes. C’est l’âge du système.

Le Cameroun ne souffre pas d’abord d’avoir des dirigeants âgés. Il souffre d’avoir un système de production de la richesse vieilli. Un système conçu pour exporter brut, importer cher, et gérer la pénurie comme mode de gouvernement. Un système où la politique reste un accès à la rente plus qu’un levier de création de valeur. Un système où l’on parle de quotas avant de parler de production. 

Or, un système ne change pas parce qu’on change les visages. Il change quand on change les règles.
C’est ce que j’appelle l’alternance systémique. Ou plus simplement : l’alternative.

L’alternative, c’est choisir de battre notre propre monnaie pour financer nos usines plutôt que d’attendre les crédits conditionnés.  C’est verrouiller la terre et les secteurs stratégiques pour les Camerounais via une Haute Autorité de la Souveraineté et un Fonds Souverain du Peuple.  C’est passer d’une logique de partage des postes à une logique de partage de la valeur produite.

Cette alternative peut être portée par un homme de 35 ans comme par celui de 70 ans. L’âge ne garantit ni la clarté ni le courage. Seul le projet engage.
L’histoire est pleine de jeunes conservateurs et de vieillards révolutionnaires. Ce qui compte, c’est la boussole, pas l’acte de naissance.

Je sais l’impatience de la jeunesse. Elle est légitime. Mais l’impatience sans projet produit du bruit, pas du changement. Si nous voulons honorer les aînés qui partent, faisons mieux que de prendre leur place. Faisons ce qu’ils n’ont pas pu faire : transformer l’héritage en puissance productive.

Le Cameroun a besoin d’une chirurgie systémique. Ne perdons pas notre énergie à compter les rides. Comptons les idées, les usines, les contrats signés, les hectares mis en valeur, les jeunes formés.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un lifting générationnel. Il a besoin d’une chirurgie systémique.
Aux aînés qui nous quittent, disons merci. Merci pour ce que vous avez tenu quand il fallait tenir. L’histoire vous jugera avec la complexité que mérite toute vie publique. À nous qui restons, disons ceci : l’alternance viendra d’elle-même. 

L’alternative, elle, ne viendra que si nous la construisons. Le temps des hommes passe. Le temps des systèmes aussi, mais seulement si nous le décidons.

 Faisons le choix de l’alternative. Le reste est littérature.

Joseph Marie Eloundou
Président du Comité National de Lutte contre l’Inertie (CONALI). 
Promoteur du Mouvement Camerounais pour la Souveraineté.(MOCASO).
tel 237 699 96 81 29


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