CAMEROUN : LE MINISTRE DE LA DECENTRALISATION ET DU DEVELOPPEMENT LOCAL A‑T‑IL MIS UN TERME AU PROCESSUS DE DECENTRALISATION ?

Le ministre de la Décentralisation et du Développement local, Georges Elanga Obam, dont la mission est de promouvoir l’autonomie des collectivités territoriales, se retrouve au cœur d’une polémique. La récente loi retirant aux communes le droit de recouvrer les taxes communales est perçue comme un recul majeur dans le processus de décentralisation. Juridiquement, cette disposition prive les communes de l’un de leurs leviers essentiels de financement, réduisant leur capacité à agir de manière autonome.
En effet, le ministère des Finances dispose déjà d’agents comptables déployés dans les communes, chargés de superviser les opérations financières. Cette présence, censée garantir la transparence, se transforme désormais en un contrôle direct et exclusif du recouvrement. Les communes, qui devraient bénéficier d’un pourcentage alloué par le budget de l’État, reçoivent en réalité des montants dérisoires. Cette dépendance financière fragilise leur autonomie et les place sous la tutelle permanente du ministère.
La conséquence immédiate est que les communes ne peuvent plus définir librement leurs priorités en matière de projets. Les décisions stratégiques, autrefois prises au niveau local, sont désormais conditionnées par les choix et les délais des organes centraux. Les élus locaux, censés incarner la proximité et la réactivité, se retrouvent dépossédés de leur rôle. Cette situation crée un décalage entre les attentes des populations et la capacité réelle des communes à y répondre.
Par ailleurs, les centimes additionnels communaux, déjà régulés par le FEICOM, ne suffisent pas à compenser cette perte de prérogatives. Le Fonds spécial, censé soutenir les initiatives locales, fonctionne sur une logique redistributive qui ne garantit pas l’équité entre les communes. Les collectivités territoriales décentralisées se retrouvent donc piégées dans un système où elles dépendent de mécanismes financiers centralisés, limitant leur marge de manœuvre.
En laissant passer cette loi, le ministre Elanga Obam apparaît comme celui qui a entériné un recul de la décentralisation. Sa mission initiale de renforcer l’autonomie locale se heurte à une réalité où les communes deviennent de simples exécutantes des décisions centrales. Les conséquences sur l’opérationnalisation des politiques publiques sont lourdes : ralentissement des projets, perte de confiance des citoyens et affaiblissement du principe même de gouvernance de proximité. Ce choix juridique et politique risque de transformer la décentralisation en un concept vidé de sa substance.
Gontran Eloundou
Analyste politique
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