CAMEROUN : ABEL ELIMBI LOBÉ, ENTRE AVEU DE « BAMIPHOBIE » ET STRATÉGIE POLITIQUE
Le débat sur le tribalisme au Cameroun a pris une dimension nouvelle le 14 juin 2026, lorsque Abel Elimbi Lobé, figure politique et médiatique, a déclaré en direct sur le plateau de Libre Expression (Info TV) qu’il avait “peur des Bamiléké”. Cet aveu, prononcé devant des millions de téléspectateurs, a immédiatement suscité une vague de réactions, relançant les accusations d’anti Bamiléké qui lui collent à la peau depuis plusieurs années. Pour beaucoup, cette confession n’est pas un simple lapsus mais la confirmation d’une posture politique qui fragilise le vivre‑ensemble et alimente les tensions communautaires dans un pays déjà marqué par des fractures identitaires.
Depuis plusieurs mois, Elimbi Lobé est poursuivi pour incitation à la haine tribale, notamment par Jacques Bertrand Mang, qui l’accuse de stigmatiser régulièrement la communauté bamiléké. Ses prises de position hostiles envers Maurice Kamto et ses partisans, majoritairement issus de cette communauté, sont interprétées comme une hostilité ciblée. Les critiques parlent d’une “bamiphobie assumée”, tandis que ses partisans défendent l’idée d’une stratégie politique visant à se démarquer dans un paysage où le tribalisme est souvent instrumentalisé par l’élite. L’aveu du 14 juin vient renforcer l’image d’un homme qui ne recule pas devant la provocation.
Sur le plateau de Libre Expression, les réactions ont été vives. Certains invités ont dénoncé une banalisation dangereuse du tribalisme, estimant que la peur exprimée par Elimbi Lobé ne peut en aucun cas justifier une stigmatisation collective. D’autres ont vu dans cette déclaration une tentative de rationaliser ses positions politiques en les présentant comme une réaction à une menace supposée. Le débat a mis en lumière la responsabilité des médias dans la diffusion de propos sensibles, et la nécessité de réguler davantage les discours publics pour éviter qu’ils ne deviennent des catalyseurs de division.
L’analyse des positions d’Elimbi Lobé révèle une stratégie à plusieurs niveaux. D’un côté, il assume une « bamiphobie » qui lui permet de se positionner en adversaire frontal de Maurice Kamto et de ses partisans. De l’autre, il utilise le tribalisme comme arme politique et médiatique, une provocation calculée qui lui assure visibilité et influence. Mais cette stratégie comporte des risques majeurs : elle ternit son image institutionnelle, alimente les tensions ethniques et expose le Cameroun à des fractures sociales profondes. Le Code pénal réprime pourtant le tribalisme, mais son application reste incertaine face à des figures médiatiques influentes.
Au‑delà de la personne d’Elimbi Lobé, l’affaire pose la question de la cohésion nationale et du rôle des élites dans la préservation du vivre‑ensemble. Ses propos, qu’ils soient sincères ou instrumentalisés, mettent en lumière la fragilité du tissu social camerounais et la nécessité de réaffirmer les valeurs de tolérance et d’unité. Le débat ouvert par son aveu interpelle les institutions, les médias et la société civile sur l’urgence de combattre le tribalisme sous toutes ses formes. Plus qu’un scandale médiatique, il s’agit d’un signal d’alarme sur les dérives possibles du discours politique dans un contexte de tensions communautaires.
Gontran Eloundou
Analyste politique
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