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Politique

Pour qui travaille réellement le "Capitaine" Effoudou ?

Le Capitaine de gendarmerie Kenneth Effoudou, ancien chef des services de renseignement à la Présidence de la République du Cameroun, a décidé de parler. Parler de ce qui ne va pas au Cameroun. Dire tout haut ce qui était jusqu’ici secret. Ses sorties anecdotiques font feu de tout bois et sont dirigées principalement vers les hautes personnalités de la République et leurs réseaux. Il dévoile au grand public les manigances et autres comportements anti‑républicains de certains hauts commis de l’État qui sont, d’après lui, « des personnes dangereuses pour la République ». Sommes‑nous face à un homme qui exprime son ras‑le‑bol ou alors le Capitaine Effoudou est‑il un élément important dans la stratégie de déconstruction des ambitions politiques de certains hauts commis de l’État ? Pour qui roule effectivement le Capitaine Effoudou ?

Le Capitaine de gendarmerie Kenneth Effoudou, ancien chef du service de renseignement à l’État‑major particulier du Président de la République, est depuis un mois le centre d’attraction médiatique au Cameroun. Ses sorties sur les réseaux sociaux sont désormais attendues par les internautes et autres acteurs des médias qui s’abreuvent à sa source afin d’avoir une idée sur le fonctionnement de plusieurs hauts commis de l’État. Le Capitaine, révoqué certes, détient toujours des informations de haute importance pour la suite des carrières politiques et administratives de plusieurs hommes clés du régime de Paul Biya. Ces sorties se font durant une période charnière de la vie politique du Cameroun. Effectivement, cela fait un an que Paul Biya a été réélu et l’on attend toujours le gouvernement que le Chef de l’État a promis aux Camerounais, gouvernement qui sonnerait le futur politique du Président Paul Biya, vu qu’un amendement de la Constitution a réintroduit au sein du gouvernement un poste de Vice‑président.

Le Capitaine Effoudou, arbitre avant le remaniement

Le Capitaine Effoudou joue donc le rôle de l’arbitre qui, durant ses sorties, distribue les cartons à certains acteurs du système Biya. Ces acteurs, non des moindres, sont des hauts fonctionnaires occupant des postes stratégiques au sein de l’appareil gouvernemental. Il s’agit principalement de certains ministres en fonction, comme par exemple le Secrétaire général à la Présidence de la République. Le passage du « Capitaine » au cœur des services de renseignement donne à ses propos une véritable crédibilité. Il vient donc déconstruire les mécaniques systémiques de ces hauts commis de l’État qui sont à la recherche de positionnement pour le prochain gouvernement. Il est clair que depuis l’annonce par le Chef de l’État de l’arrivée de ce gouvernement, l’on observe une véritable bataille au sommet de l’État. Bataille pour le positionnement que l’on constate à travers des acharnements médiatiques sur certains proches du Chef de l’État, dont on soupçonne fortement qu’ils lorgnent le poste hautement stratégique de la Vice‑présidence.

Pour qui roule donc le « Capitaine» ?

Le « Capitaine » Effoudou a déclaré dans un enregistrement dont il na pas nié limplication que « son honneur et sa dignité ont été bafoués ». Cette déclaration sous‑entend que ce dernier est motivé par le désir de réhabilitation. Mais lon ne peut pas oublier que dans ses déclarations il a mentionné toute sa loyauté au Président de la République. Cest bien à ce dernier quil a confié les rapports qui lui ont coûté son travail. Il faut rappeler que le Capitaine Effoudou nest pas sorti clandestinement du Cameroun. Il allègue bel et bien que son départ du pays s’est fait après des menaces de mort dont il a été victime. Il est donc clair que le départ du chef des services de renseignement d’un pays ne peut se faire sans l’accord de sa hiérarchie, vu la sensibilité de ce poste. La protection du « Capitaine » serait‑elle assurée par le Président de la République lui‑même ? Pourquoi parler maintenant ?

La prise de parole de l’ancien chef des services de renseignement de Paul Biya ne peut pas être anodine. Il connaissait tout ce qui se passait au Cameroun, principalement au sein du gouvernement. Parler maintenant, c’est détruire les ambitions de ceux qui ont tissé leurs réseaux. Depuis plusieurs années, des alertes sont lancées au sujet du Secrétaire général de la Présidence de la République, dont le pouvoir au sein des institutions ne fait que s’étendre. Après la délégation de signature du Président de la République lui‑même et les « hautes instructions » qui lui sont confiées, le SGPR est devenu un véritable « vice‑Dieu ». Les alertes faisaient état de la mise en place par le SGPR dun vaste réseau dont lobjectif est de contrôler lappareil d’État. Ce contrôle passe par le positionnement de ses hommes de confiance à des postes clés à différents niveaux : dans les forces de défense, au sein des entreprises stratégiques, et même dans le gouvernement. On a également pu constater son ingérence durant la campagne électorale et son implication dans les affaires sensibles liées au contrôle des portes d’entrée du Cameroun, principalement le Port autonome. Il est évident que pour réussir à désarticuler un tel pouvoir, il faut avoir suffisamment de poids et de crédibilité. Qui de mieux donc que le chef des services de renseignement pour le faire ?

Une manœuvre contre le SGPR ?

Après la mise à mort politique d’Oswald Baboké au sein de l’opinion publique à travers les affaires de pillage d’or, il fallait désormais réduire les grandes ambitions du Secrétaire général de la Présidence de la République. Voilà donc que le « Capitaine » Effoudou, volontairement ou non, est en train d’éliminer le SGPR. Mêlé aux affaires les plus scabreuses de la République, lon ne saurait dire quau sein de lopinion publique la cote de popularité du SGPR soit encore au beau fixe. Le « Capitaine » Effoudou continue donc de travailler pour la République au travers de ses révélations et surtout continue de manœuvrer pour le Chef de l’État, le Président Paul Biya. Paul Biya va‑t‑il donc prendre en considération toutes ces révélations du « Capitaine » afin dopérer ce remaniement ?

Gontran Eloundou
Analyste politique

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