Accéder au contenu principal

Autoroute Yaoundé-Douala : l’infrastructure fantôme qui freine l’économie camerounaise

Les avantages attendus d’une autoroute stratégique

L’autoroute Yaoundé-Douala, si elle avait été pleinement opérationnelle, aurait représenté un levier majeur pour l’économie camerounaise. Avec un linéaire de 141 km prévu pour relier Bibodi à Douala, elle aurait réduit de moitié le temps de trajet entre les deux principales métropoles du pays, passant de près de 5 heures à environ 2 heures 30. Les entreprises exportatrices, notamment dans les secteurs agro-industriels et manufacturiers, auraient bénéficié d’une baisse significative des coûts logistiques, estimée à 15 à 20 %. De plus, une telle infrastructure aurait renforcé l’attractivité du Cameroun auprès des investisseurs étrangers, en offrant un corridor moderne vers le port de Douala, principal poumon économique du pays. Enfin, elle aurait contribué à désenclaver certaines zones rurales, permettant aux producteurs locaux d’accéder plus rapidement aux marchés urbains et internationaux.

Le manque à gagner pour l’économie nationale

L’absence d’une autoroute fonctionnelle entre Yaoundé et Douala se traduit par un manque à gagner considérable pour l’économie camerounaise. Les pertes liées aux retards de livraison, à l’usure des véhicules et aux accidents fréquents sur l’ancienne route nationale sont évaluées à plus de 100 milliards FCFA par an. Les transporteurs et producteurs agricoles voient leurs marges réduites, tandis que les consommateurs subissent une hausse des prix due aux coûts supplémentaires. À l’échelle macroéconomique, cette situation limite la compétitivité du Cameroun dans la sous-région, où des pays voisins investissent massivement dans leurs infrastructures. Le pays se prive ainsi d’un outil stratégique qui aurait pu dynamiser son commerce extérieur et renforcer sa position dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).

Les résolutions du ministre des Travaux publics

Face à cette impasse, le ministre des Travaux publics a annoncé une série de résolutions pour relancer le chantier et accélérer la modernisation du réseau routier national. Parmi elles, la mise en place d’un calendrier de suivi rigoureux et l’ouverture de nouveaux partenariats avec des entreprises locales et internationales. Le financement de la phase II, estimé à 1 072 milliards FCFA, devrait bénéficier d’un montage financier impliquant Exim Bank China et Standard Chartered Bank. Le ministère entend également renforcer la transparence dans l’attribution des marchés publics, afin de limiter les retards liés aux procédures administratives. Ces mesures visent à redonner confiance aux citoyens et aux investisseurs, en montrant que l’État prend enfin la mesure de l’urgence infrastructurelle.

Les manquements du gouvernement

Cependant, ces résolutions ne suffisent pas à masquer les manquements du gouvernement dans la gestion de ce chantier emblématique. Les retards accumulés, les surcoûts budgétaires — le projet initialement évalué à 880 milliards FCFA pourrait dépasser les 900 milliards FCFA — et les suspicions de mauvaise gouvernance ont entamé la crédibilité des autorités. L’absence de communication claire sur l’état d’avancement des travaux nourrit un climat de méfiance parmi les citoyens. De plus, le manque de coordination entre les différents acteurs institutionnels et privés a paralysé l’efficacité des initiatives. Ce projet, censé incarner la modernisation du Cameroun, illustre au contraire les faiblesses structurelles de l’État dans la conduite des grands travaux publics. Les promesses répétées sans résultats tangibles renforcent l’impression d’un pays en décalage avec ses ambitions économiques.

 un climat politique sans sérénité

Au-delà des enjeux économiques, l’autoroute Yaoundé-Douala révèle un climat politique marqué par l’incertitude et l’absence de sérénité. Les tensions sociales liées aux infrastructures, combinées aux critiques sur la gouvernance, fragilisent la confiance des citoyens envers leurs institutions. Dans un contexte où le Cameroun devrait afficher une stabilité pour attirer les investisseurs et consolider son rôle régional, l’incapacité à mener à terme un projet aussi stratégique envoie un signal négatif. L’autoroute fantôme devient ainsi le symbole d’un pays où les ambitions économiques se heurtent aux réalités politiques, et où la sérénité nécessaire au développement reste encore à conquérir.

Nanga Paul

 

 

Pin It
  • Créé le .
  • Vues : 35