Accéder au contenu principal

Les éditos

CNC CONTRE MINCOM : LE PRÉSIDENT DU CNC DOIT TIRER LES CONSÉQUENCES

Le spectacle auquel se livre le paysage médiatique camerounais depuis le 29 septembre est affligeant. Et il n'honore ni la régulation, ni le gouvernement, ni la presse.

Tout commence le 29 septembre 2026. Réuni en 48e session extraordinaire, le Conseil National de la Communication, présidé par Joseph Chebongkeng Kalabubse, prononce la suspension pour un mois de Vision 4, chaîne du groupe l'Anecdote de Jean-Pierre Amougou Belinga. Motifs invoqués : atteinte à la dignité de Me Félicité Esther Zeifman dans un reportage du 2 juin sur l'affaire Martinez Zogo, non-exécution d'une décision du 18 août visant Martial Owona, et surtout, propos tenus le 30 août dans Club d'Élites : "On n'a que faire du CNC". Canal+ exécute et retire le signal.

Jusque-là, le CNC est dans son rôle. Discutable peut-être, sévère sans doute, mais dans son rôle.

Puis arrive le désaveu. Cinglant, public, assumé.

Le 2 octobre, soit trois jours plus tard, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, adresse une correspondance à la Directrice Générale de Canal+ Cameroun. Objet : rétablir "sans délai" Vision 4. Argument : préserver l'équilibre de l'espace médiatique, sauvegarder les emplois, défendre la liberté d'expression. Le CNC est mis en copie, comme un élève convoqué chez le proviseur.

Le même jour, le Tribunal Administratif du Centre accorde un sursis à exécution des sanctions et rappelle un principe de droit élémentaire : le CNC régule le contenu, il ne retire pas une autorisation d'émettre qu'il n'a pas délivrée. Cette prérogative relève du Mincom. Fermer une chaîne nationale pour un refus de convocation est disproportionné, dit le juge.

En une semaine, le CNC est donc désavoué deux fois : par son ministre de tutelle politique et par le juge administratif. Le 6 octobre, le président du CNC tente une riposte en écrivant à Canal+ International à Paris, rappelant que le CNC est une autorité administrative indépendante, "nullement placée sous la tutelle du Mincom". Trop tard. Vision 4 est déjà revenue, d'abord sur Vision 4 RCA, puis sur le canal 531, puis sur son canal historique. Canal+ a choisi le ministre.

Que reste-t-il de l'autorité du régulateur ?

Un régulateur n'a que deux capitaux : sa crédibilité juridique et son indépendance perçue. Le CNC vient de perdre les deux en 72 heures. Sa décision est jugée juridiquement fragile par le tribunal, et politiquement désavouée par le gouvernement qu'il est censé incarner dans l'espace médiatique.

Dans ces conditions, la question n'est plus de savoir si Vision 4 méritait sanction. La chaîne, coutumière des dérapages, méritait sans doute rappel à l'ordre. La question est de savoir si Joseph Chebongkeng Kalabubse peut encore présider une instance qu'il a exposée à une telle humiliation publique.

Un président du CNC qui écrit à Paris pour qu'on retire une chaîne que son propre ministre demande à Paris de rétablir n'est plus un régulateur, il est un acteur d'une guerre institutionnelle perdue d'avance.

La démission n'est pas une sanction. C'est un acte de responsabilité. En partant, le président du CNC ferait trois choses : il préserverait l'institution qu'il dirige en évitant qu'elle ne s'enlise dans un pourvoi en cassation devant la Cour Suprême pour sauver la face, il permettrait au Président de la République de nommer une personnalité consensuelle capable de reconstruire le pont brisé entre Mincom et CNC, et il rappellerait que réguler la presse exige d'abord d'être irréprochable dans sa propre procédure.

Le Cameroun n'a pas besoin d'un bras de fer CNC-Mincom. Il a besoin d'une régulation forte, indépendante, juridiquement inattaquable. Aujourd'hui, elle est faible, dépendante et juridiquement contestée. Le premier responsable doit en tirer les conséquences. En rendant le tablier.

J.B.S

ÉDITORIAL

Par Jean Bosco SIMGBA,

Journaliste Principal Hors échelle

 

Pin It
  • Créé le .
  • Vues : 106