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Cameroun : succession à la présidence de la République, le peuple dans l'incertitude?

En Afrique subsaharienne, la question de la succession présidentielle a toujours été une véritable énigme. Ailleurs, le problème est réglé par la loi à travers la constitution qui limite les mandats et suscite de réelles vocations et ambitions présidentielles. Les analyses et les prospectives des phénomènes politiques dans cette zone du monde, sont confrontées à la question du : « Qui pour succéder à… ? » Tchad, Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon et Guinée-Équatoriale sont les territoires ou les incertitudes autour de la succession à la tête de l’Etat sont les plus accrus.

 

Le Cameroun présente le meilleur du flou politique lié à la succession à la tête de l’Etat. Avec 40 ans en tant que chef de l’Etat, le Président Paul Biya ne semble pas prêt à désigner à sa suite un successeur. Cette situation fait du Cameroun, un pays à l’avenir politique des plus incertains. Ce pays d’Afrique centrale, fait face à une véritable crise de la succession. Les observations les plus poussées de la scène politique, ne laisse pas entrevoir une succession imminente. Paul Biya, fidèle à ses habitudes, dont son énigmatique silence, ne laisse présager aucun favori parmi les différents potentiels acteurs politiques au sein de la majorité. L’opposition, quant à elle, semble en déphasage avec les attentes du peuple qui, espère toujours voir émerger une candidature consensuelle, voir une candidature messianique. Mais les divergences autour du candidat idéal sont de plus en plus fortes. À ces divergences, désormais, s’ajoutent les crises multiples que l’on peut observer çà et là sur le territoire. Bien que plusieurs acteurs politiques présentent un profil avantageux pour succéder au président Paul Biya, l’on constate par contre, qu’aucun n’ose réellement vouloir relever le défi, en assumant une réelle volonté de prendre le fauteuil présidentiel. Aussi, il n’existe pas un réel consensus politique au Cameroun à propos de la succession à la tête de l’Etat.

 

Etat des lieux de la succession Cameroun : le climat sociopolitique, entre conflit et incertitude politique autour de la succession de Paul Biya.

 

Le climat socio-politique au Cameroun, présente des spécificités qui ont évolué au fil du temps et des situations. Il y a une dizaine d’années, le Cameroun présentait un climat social moins tumultueux. Il était uniquement question de savoir quels sont les acteurs politiques capables de faire sortir les Camerounais de l’état de pauvreté dans lequel ils se trouvent. Aujourd’hui, à cette situation de pauvreté s’ajoute un contexte de crises multiformes. Le contexte de la succession est important dans la mesure ou les crises qui émaillent le Cameroun ont pour fond des revendications parfois politique, mais aussi des troubles d’ordres religieux. Si Boko-Haram vise à établir un Etat islamique dans les zones prétendument musulmanes, la crise du Nord-ouest et du Sud-Ouest (NoSo) quant à elle, a pour ambition la création d’un Etat anglophone. À côté de cela, s’ajoute l’alerte provenant du flanc Est du Pays, qui signale la monté en force d’un front armé venant de la République centrafricaine.

 

L’environnement « crisogène » établi au Cameroun est le reflet de l’atmosphère politique. On constate un morcellement territorial où les individus, ont des revendications motivées essentiellement par le repli identitaire. Les partis politiques depuis le retour de la démocratie il y a une trentaine d’années sont le reflet de la (ré) partition tribale. Les acteurs et leaders politiques ne peuvent-il pas se détacher de leur tribu. Être leader de parti politique au Cameroun ne serait-il rien d’autre qu’être représentant d’un groupe tribal sur la scène politique ?  La question du tribalisme est donc bien présente dans le jeu politique. Ce phénomène est un véritable handicap pour les acteurs politiques, qui, se heurtent à la surdité du peuple qui leur fait d’office, un procès d’intention tribaliste. Les divisions observées au sein de la classe politique au Cameroun ne permettent pas d’assurer qui pourra succéder au Président Paul Biya.

 

La construction de l’imaginaire politique est fondée sur les suspicions tendancieuses liées aux mouvements tribaux. Le RDPC parti majoritaire, a été catalogué et estampillé du sceau parti « bulu ». Le parti d’opposition à l’origine de ce scandale politique est ce nouveau parti qu’est le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) qui en 10 ans d’existence aura suscité tant de l’espoir, mais aujourd’hui suscite plus de crainte. L’usage de référent identitaire ou tribal sur la scène politique crée automatiquement des clivages. Maurice Kamto a laissé prospérer l’idée d’une politique fasciste, dont le but est de créer une haine vis-à-vis des « bulu » et affidées. Le PCRN parti du jeune et énergique Cabral Libii a aussi montré quelques limites durant les élections législatives et municipales. Son électorat ! Un électorat essentiellement communautaire, vu qu’il n’aura pas pu glaner de siège avec son parti en dehors de zone ayant un rapprochement anthropologique proche de son aire d’origine (Bassa) avec des victoires principalement dans le Nyong et kelle, dans la Sanaga Maritime et dans le Wouri-Est. Des aires anthropologiquement proches du leader du PCRN de Cabral Libii.

 

Dans cet environnement politique où règne l’incertitude, les Camerounais se demandent comment sera l’avenir de leur pays dans 2 ans ? Le Président Paul Biya, va-t-il rentrer au village ? Maurice Kamto Pourra-t-il créer le consensus après ses dérives communautaristes ? Cabral Libii, pourra-t-il conquérir un autre électorat ? Les crises violentes dans les zones anglophones, trouveront-elles une solution ? Les anciens mouvements politiques tels que le SDF du feu Ni John Fru Ndi ou encore l’UNDP de Bello Bouba semble à bout de souffle et se sont embourgeoisés. Il est loin le temps du combat politique aux slogans en rageurs et proches du peuple. Désormais, au Cameroun, c’est le « sauve-qui-peut… Prendre le pouvoir. »

 

Nanga Paul

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