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Entre coordination gouvernementale et quête de paix : l’héritage de Dion Ngute

Dans l'optique du futur gouvernement proche annoncé par le Président de la République son excellence Paul biya, nous nous attelons à faire un bilan du gouvernement sortant. Nous commençons donc notre longue série qui portera sur les ministres portes feuilles. Ici, nous proposons une évaluation rigoureuse et documentée du Premier ministre Joseph Dion Ngute, depuis sa nomination à la Primature le 4 janvier 2019. Il expose ses prérogatives juridiques, dresse un bilan de son action de coordination gouvernementale (conseils de cabinet, régulation inter-ministérielle) et analyse ses interventions en faveur de la cohésion sociale et de la paix, avant d’ouvrir une perspective sur la recomposition d’un nouveau gouvernement.

Prérogatives juridiques du Premier ministre chef du gouvernement

Le Premier ministre est le chef du gouvernement, nommé par le Président de la République, chargé de diriger l’action gouvernementale, d’exécuter les lois, d’exercer le pouvoir réglementaire et de nommer aux emplois civils dans le cadre fixé par la Constitution. Il propose la nomination des membres du gouvernement au Président et assure la coordination de la mise en œuvre de la politique nationale telle que définie par la Présidence.
Ces attributions s’inscrivent dans un régime où l’essentiel du pouvoir exécutif est concentré à la Présidence, qui fixe les attributions du Premier ministre et peut mettre fin à ses fonctions, ce qui encadre la marge de manœuvre opérationnelle de la Primature.

Action de coordination gouvernementale

  • Cadre et mécanismes:

Le Premier ministre anime la coordination interministérielle à travers les conseils de cabinet, les instructions et le suivi des politiques transversales (économie, population, crises). Cette coordination s’appuie sur l’Immeuble Étoile comme siège institutionnel et sur des comptes rendus officiels publiés par la Primature.

  • Conseils de cabinet (exemples documentés):

Mars 2024: Conseil consacré à l’intelligence artificielle, au 4e recensement général de la population et à la gestion du glissement de terrain de Mbankolo, illustrant une approche intersectorielle (communication, économie, gestion des risques).

Juillet 2024: Conseil focalisé sur les dysfonctionnements administratifs, signalant une volonté de diagnostic et de correction des maux de l’administration publique.

Octobre 2025: Premier conseil de cabinet après l’élection présidentielle, avec recommandations d’apaisement et d’encadrement des populations, montrant l’articulation entre calendrier politique et stabilisation administrative.

Le nombre total de conseils de cabinet tenus sur l’ensemble du mandat n’est pas centralisé publiquement dans une série exhaustive accessible; des références ponctuelles confirment une cadence régulière, avec des thèmes de coordination majeurs (réformes, crises, recensement, innovation). Un bilan chiffré complet requiert la compilation des communiqués officiels de la Primature sur l’intervalle 2019–2025.

Cohésion sociale et paix

  • Grand dialogue national (GDN):

À peine nommé, Joseph Dion Ngute se rend dans les régions en crise et coordonne les travaux du GDN (sept.-oct. 2019) ayant produit des recommandations sur la paix, la décentralisation et la reconstruction. Les sessions de suivi ont souligné des avancées et maintenu l’esprit de dialogue, avec appels réitérés à la préservation de la paix au fil des travaux.

  • Reconstruction et stabilisation (Norht West/South West):

Des visites de terrain (ex. Bamenda, juillet 2025) ont appuyé la mise en œuvre du Plan présidentiel pour la reconstruction des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, avec exhortations à la consolidation de la stabilité et au soutien communautaire au processus de paix.

  • Appels publics à la non-violence:

Dans des moments sensibles (post-élection 2025), le Premier ministre a appelé à la retenue et à l’abandon de la violence, positionnant la Primature comme relais institutionnel de l’apaisement au sein du dispositif exécutif.

Bilan analytique: contributions et limites

Contributions observables:

  • Coordination thématique: Impulsion de conseils de cabinet sur des sujets structurants (recensement, IA, administration), témoignant d’une volonté de synchroniser ministères et chantiers prioritaires.
  • Interface politique–sociétal: Rôle dans le GDN et son suivi, visites de terrain et discours d’apaisement, inscrits dans une logique de cohésion sociale et de stabilisation post-crise.
  • Continuité institutionnelle: Maintien de la coordination gouvernementale dans un cadre constitutionnel où la Primature reste fortement arrimée à la Présidence, assurant la traçabilité des politiques au long cours.
  • Limites structurelles et opérationnelles:
  • Marge de manœuvre encadrée: La concentration du pouvoir exécutif à la Présidence limite la latitude stratégique du Premier ministre, notamment sur les arbitrages majeurs (sécurité, finances, réformes).
  • Bilan chiffré incomplet publiquement: L’absence de consolidations publiques systématiques (exhaustivité des conseils de cabinet, indicateurs transversaux) réduit la possibilité d’un audit quantitatif clôturé sans accès interne aux registres de la Primature.
  • Résultats hétérogènes: Sur la pacification, des progrès sont signalés, mais la consolidation durable reste un défi, dépendant de facteurs institutionnels, sécuritaires et socio-économiques qui excèdent la seule Primature.

Perspective d’un nouveau gouvernement

Dans l’optique d’un nouveau gouvernement, plusieurs analystes estiment que le profil requis pourrait évoluer vers des compétences spécifiques de transformation accélérée (réformes administratives, pilotage technocratique, communication de crise), au-delà de la phase d’apaisement et de coordination assurée jusque-là. Dans ce cadre, il est soutenu que Joseph Dion Ngute pourrait ne plus être l’homme de la situation pour la phase suivante, tout en reconnaissant l’importance de son travail de stabilisation, de dialogue et de continuité institutionnelle durant son mandat.
Cette appréciation s’inscrit dans une lecture strictement institutionnelle des besoins d’un nouvel exécutif et ne préjuge pas de l’utilité de son expérience dans d’autres fonctions consultatives ou de conseil d’État, où son capital d’expertise pourrait continuer d’être mobilisé.

Gontran Eloundou
Analyste politique

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