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A la découverte du premier chef de l'Etat du Cameroun.

 André-Marie Mbida, né le 1er janvier 1917 à Endinding (Cameroun) et mort le 2 mai 1980 à Paris , était un homme d'État camerounais, nationaliste pragmatique, premier camerounais natif à être élu député à l'Assemblée nationale française, Premier ministre du Cameroun, deuxième Premier ministre africain natif dans le continent noir, premier chef d'État du Cameroun autonome français du 12 mai 1957 au 16 février 1958 et premier prisonnier politique du Cameroun indépendant, du 29 juin 1962 au 29 juin 1965. (  "L'État possède une triple signification : sociologique, organisationnelle et juridique. Sur le plan sociologique, c'est alors une population vivante sur un territoire déterminé et soumise à un gouvernement). 

Il se voue à la cause des travailleurs et paysans du Cameroun et combats dans sa région d'origine pour la promotion culturelle dans le mouvement traditionnel nommé Anacsama. Catholique fervent, des liens très étroits continuent à l'unir à la hiérarchie catholique. Il milite au Bloc démocratique camerounais (BDC), le parti fondé par Louis-Paul Aujoulat. En 1952, il est élu à l'Assemblée territoriale, puis est désigné conseiller de l'Union française le 10 octobre 1953. Il démissionne du BDC et fonde le Cococam (Comité de coordination du Cameroun). Les raisons de cette rupture sont diversement interprétées, (selon que l'on est partisan d'André-Marie Mbida ou de Louis-Paul Aujoulat). D'un côté, celle-ci serait venue du fait que son président, Louis-Paul Aujoulat, était convaincu que Mbida informait ses adversaires politiques. Aujoulat le lui aurait alors signifié et par réaction Mbida aurait décidé de le quitter et de créer son propre mouvement. Une autre opinion, pense que cette séparation est due à la jalousie des autres membres du BDC qui s'inquiétaient de l'influence de plus en plus grandissante d'André-Marie Mbida dans le parti.

En mai 1955, les mouvements nationalistes, réprimés par l'administrateur colonial Roland Pré, marqués par la dissolution des mouvements nationalistes camerounais et par l'emprisonnement massif de militants nationalistes, il participe à la campagne pour l'amnistie des prisonniers politiques. Il s'appuie également sur un petit bulletin ronéotypé, NKUl, Le Tam-Tam. Cependant, il prend sa retraite, après son élection, toute référence à l'émancipation totale du Cameroun et offre son aide à Pierre Messmer pour « tout remettre en ordre et à regagner à l'administration française au Cameroun la confiance et l'estime des peuples que nous représentons ». André-Marie Mbida se présente aux élections législatives du 2 janvier 1956 dans la troisième circonscription du territoire. Comme les socialistes, il se fait le défenseur des petits, proposant, bien sûr, sur le plan économique le relèvement du prix des produits d'exportation essentiels, cacao et café, et la suppression des intermédiaires qui défavorisent les petits planteurs. Il défend encore les fonctionnaires et les chefs autochtones ou coutumiers qu'il propose de rémunérer et exige une évolution des institutions.

 Ayant obtenu 66 354 voix contre 47 001 voix pour Charles Assalé et 20 517 voix pour le docteur Louis-Paul Aujoulat qui détenait le siège depuis la Libération et avait participé à plusieurs ministères de 1949 à 1955, il devient le premier Camerounais natif à être élu député à l'Assemblée nationale française par le collège de statut personnel. Le 31 janvier 1956, Mbida est nommé à la Commission de la justice et de la législation et à la Commission des territoires d'outre-mer de l'Assemblée nationale. Il appartient également à la commission chargée de l'étude de la réforme du titre VIII de la Constitution française, portant sur l'Union française, et est désigné pour siéger au Conseil supérieur du travail et au Comité directeur du Fonds d'investissement et de développement économique et social (FIDES) qui finance le développement en Afrique.

André Marie Mbida durant une campagne Politique

Le 23 décembre 1956, l'Assemblée législative du Cameroun (Alcam) remplace l'Assemblée territoriale du Cameroun (Atcam) et des élections législatives sont prévues. Les candidats peuvent se présenter en leur nom propre. Mbida et son équipe (Cococam et membres affiliés) participent à cette élection législative. À l'Alcam, ceux-ci créent le groupe parlementaire nommé les Démocrates camerounais (DC), qui deviendra plus tard le Parti des démocrates camerounais. Ce groupe est composé de 21 membres et Mbida est son leader. Mbida met alors en place l'autonomie interne du Cameroun sous tutelle française. Le 16 avril 1957, le Cameroun devient un État autonome. Le Haut-commissaire Pierre Messmer décide de le nommer Premier ministre, après avoir toutefois hésité avec Ahidjo. En application du statut du Cameroun,

 

Il a reçu tout d'abord Monsieur Jules NININE Président de l'Assemblée Législative du Cameroun et Président de la Commission des territoires d'outre-mer à l'Assemblée Nationale. Puis tour à tour les délégations du groupe d'Union Camerounaise conduite par son Président : le conseiller AHIDJO, des Démocrates camerounais conduite par le député André-Marie MBIDA, des Indépendants Paysans conduite par DJOUMESSI Mathias et de l'Action Nationale conduite par Charles ASSALE . Monsieur le haut-commissaire a ensuite reçu Monsieur Charles OKALA, non inscrit, et les parlementaires du Cameroun présents à Yaoundé. Dimanche 12 mai 1957 à 17 heures Monsieur le Député MBIDA Président du groupe des Démocrates Camerounais a été convoqué par Monsieur le haut-commissaire qui lui a demandé de l'ancien le 1er gouvernement camerounais.

Devant la cathédrale de Yaoundé, André-Marie Mbida lève pour la première fois le tout premier drapeau camerounais, explique la devise et l'hymne est entonné.

A sa sortie du palais à 17 h 30 mn, il annonce au Directeur de la Radio Diffusion qu'il est pressenti pour ancien le Premier Ministère, M. MBIDA a indiqué aussi qu'il avait donné son accord de principe au haut-commissaire, mais qu'il ne pourrait lui fournir un accord définitif qu'après avoir procédé aux consultations nécessaires c'est-à-dire le lendemain (lundi). En fin d'après-midi, le député du Centre s'est ensuite installé dans un bureau du futur ministère des finances et a commencé ses consultations.

Le premier gouvernement Mbida.

Le 12 mai 1957, par 56 voix pour, 10 voix contre et 4 abstentions, il est officiellement désigné premier Premier ministre, premier chef de gouvernement et chef de l'État de facto du Cameroun autonome de langue française. De passage à Paris en septembre 1957, il présente le Cameroun comme un État-pilote en Afrique, justifie la tutelle conservée par la France en attendant l'indépendance complète et une place à l'ONU, et annonce que cette évolution renforce l'amitié franco-camerounaise. Par ailleurs, il affronte ouvertement les Français, ce qui plaît considérablement à la population. C'est ainsi qu'il décide de mettre fin à la ségrégation raciale qui a lieu dans les quartiers où vivent les Blancs et dans les bistrots qu'ils respectent. Il ordonne aux colons de retirer de leurs cafés les affiches plus qu'offensantes qu'ils y ont apposées et qui portent la mention « interdit aux chiens et aux Noirs ». Tout colon accusé de racisme est aussitôt expulsé, sur son ordre, du territoire camerounais, dès qu'il en est informé. Ainsi en quelques mois seulement de pouvoir, André-Marie Mbida procède à l'expulsion de plus de Français qu'il n'y en a eu en 49 ans d'indépendance.

Le 24 octobre 1957, il a introduit, à l'Assemblée législative du Cameroun, un projet de loi portant création d'un emblème de l'État du Cameroun. Le 26 octobre 1957, il en dépose le projet de loi portant sur l'adoption de l'hymne officiel « Chant de ralliement », de la devise du Cameroun « Paix, Travail, Patrie », et de la fête nationale « le 10 mai ». date de la première séance de l'Assemblée législative du Cameroun » à la place du 14 juillet, date de la fête nationale française. Il croise également le fer avec le clergé catholique du Cameroun aux mains des Français. En sa qualité d'ancien séminariste, il affronte les prêtres blancs sur la question de la camerounisation du clergé. Il est ainsi l'initiateur du mouvement qui aura consisté à désigner des curés camerounais dans les paroisses. Cet activisme lui vaut la haine de Monseigneur René Graffin, évêque de Yaoundé. Ces actes accroissent considérablement la popularité d'André-Marie Mbida auprès de la population mais lui attire l'inimitié de la France.

En février 1958 le nouveau haut-commissaire de la République, Jean Ramadier, qui ne restera en fonction que deux semaines avant d'être rappelé par Paris, conduit contre lui un coup de force : dépôt de motions de censure contre le gouvernement Mbida, refuser d'entériner le remaniement gouvernemental de Mbida après la démission d'Ahidjo de la coalition parlementaire, dons de 200 000 francs CFA10 à tous les parlementaires camerounais qui se ligueront contre Mbida, etc. André-Marie Mbida se rend à Paris pour manifester du auprès président René Coty. Il est remplacé, le 18 février, par Ahmadou Ahidjo, qui est devenu par la suite président de la République de 1960 à 1982. Ahidjo, qui était au début son ami (et ex vice-Premier ministre chargé de l'intérieur dans son gouvernement) , a voulu l'intégrer dans son premier gouvernement, mais, comme il était en désaccord avec la politique extrêmement pro-française d’Ahidjo, il refusa et s’exila.

La passation de service entre Mbida et Ahidjo

Après avoir stigmatisé la présence continue des troupes et bases militaires françaises au Cameroun tout en accusant le Nord d'être dominé par les Lamibé dans un féodalisme obsolète, Ahidjo a démet les démocrates de leurs fonctions ministérielles. Au cours des années 1961-1962, la vague de rassemblements, de dissolutions et de fusions des autres partis avec l'Union camerounaise (UC) d'Ahidjo affaiblit considérablement le Parti des démocrates camerounais à l'Assemblée nationale en 1962. Après la dispersion des upécistes à leur premier congrès en janvier 1962, depuis leur réhabilitation, André-Marie Mbida et d'autres dirigeants de l'opposition, à savoir, Marcel Bebey Eyidi (secrétaire général du Parti travailliste camerounais), Charles Okala (secrétaire du Parti socialiste camerounais) et Théodore Mayi-Matip (président du groupe parlementaire de l'Union des populations du Cameroun) créent un regroupement de partis dénommé le Front national unifié (FNU). Le 23 juin 1962, le FNU publie un manifeste signé par les quatre hommes. Ils affirment leur refus d'adhérer au parti unique. Ils ajoutent qu'un parti unique aboutira infailliblement à la dictature. Ils furent arrêtés et incarcérés dans le Nord-Cameroun. Cette détention provoque une dégradation physique importante chez Mbida : il tombe malade et devient pratiquement aveugle.

Lors de sa sortie de prison en 1965, il est placé en résidence surveillée. Il revient donc en France se faire soigner à l'hôpital des Quinze-Vingts en 1966. De retour au Cameroun deux ans plus tard, il est de nouveau mis en résidence surveillée à Yaoundé du 3 août 1968 au 30 mai 1972. André-Marie Mbida refuse de souscrire à l'idée de parti unique et jusqu'à sa mort, le PDC refuse de s'intégrer à l'Union camerounaise et plus tard à l'Union nationale camerounaise. Il abandonna pratiquement la vie politique. Les derniers moments de sa vie furent quelque peu pénibles car faits de solitude. En 1980, il connaît une nouvelle évacuation sanitaire, mais meurt aveugle à l'âge de 63 ans, des suites de tous ces sévices, à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière le 2 mai 1980 où il avait été admis deux semaines auparavant.

Référence: Service du premier ministre du Cameroun, wikipedia.

Gontran ELOUNDOU

Analyste politique

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