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Remaniement 2026: Pierre Ismaël Bidoung Mkpatt , un bilan contrasté à la tête du ministère des Arts et de la Culture.

Le ministère des Arts et de la Culture, par essence, est investi d'une mission noble : développer et diffuser les arts, préserver les sites et monuments historiques, protéger le patrimoine artistique et cinématographique, encourager la création et superviser les institutions culturelles nationales. C'est dans ce cadre que Pierre Ismaël Bidoung Mkpatt a exercé ses fonctions, avec l'ambition affichée de traduire en actes les orientations du chef de l'État, qui voyait dans la culture un levier de modernisation et un vecteur d'unité nationale.

Son bilan, à l'heure de l'évaluation, apparaît contrasté. Sur le plan de soutien aux artistes, des efforts ont été consentis à travers l'organisation de festivals, l'octroi de subventions ponctuelles et un appui particulier en période de crise sanitaire. Mais ces initiatives, bien que louables, n'ont pas suffi à structurer durablement un cadre de financement régulier et pérenne. Les industries culturelles, quant à elles, ont bénéficié de la relance du Fonds de développement de l'art et de la culture et de quelques appuis à la production cinématographique. Toutefois, l’absence d’une stratégie industrielle claire et l’insuffisance des financements ont limité l’impact attendu.

La valorisation du patrimoine et des langues locales, autre axe majeur, s'est traduite par des journées culturelles et des projets de revitalisation linguistique. Mais là encore, l'action est conservée embryonnaire, sans politique nationale véritable forte capable de transformer ces initiatives en mutations profondes. Sur le plan de la diplomatie culturelle, Bidoung Mkpatt a porté le Cameroun dans divers salons internationaux et favorisé la visibilité de certains artistes à l'étranger. Cette ouverture, bien que réelle, demeure sporadique et ne s'inscrit pas encore dans une dynamique structurée de rayonnement durable.

Comparé aux objectifs fixés par le président Paul Biya, le bilan révèle un décalage. Si des avancées sont indéniables en matière de visibilité et de soutien ponctuel, la culture n'a pas encore pris toute sa place comme moteur économique et ciment de cohésion nationale. Le potentiel reste immense, mais les résultats demeurent en fonction des ambitions présidentielles.

Sur le plan politique, Pierre Ismaël Bidoung Mkpatt s'est affirmé comme un militant fidèle du RDPC. Son rôle dans la campagne de réélection du président Paul Biya fut visible, mobilisant les acteurs culturels et inscrivant la culture dans une logique de légitimation politique. Cette loyauté, indiscutable, a renforcé son image d'acteur engagé, mais elle a aussi brouillé parfois la frontière entre action culturelle et action partisane.

En définitif, le bilan de Pierre Ismaël Bidoung Mkpatt est celui d'un ministre qui a su donner de la visibilité à la culture et soutenir les artistes dans des moments clés, mais qui n'a pas réussi à transformer en profondeur les industries culturelles ni à inscrire la culture comme pilier économique et identitaire du Cameroun. Son action politique, en revanche, témoigne d'une fidélité sans faille au chef de l'État et d'une capacité à mobiliser la sphère culturelle au service du projet présidentiel.

Gontran Eloundou
Analyste politique
 

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