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Le Ministère de l’Agriculture et du Développement rural au Cameroun : missions, cadre légal et bilan de Gabriel Mbairobe

Le cadre légal et fonctionnel du Ministère de l’Agriculture

Le Ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MINADER) est régi par le décret n°2005/160 du 25 mai 2005, révisé en 2017, qui définit ses missions et son organisation. Il est chargé de concevoir, mettre en œuvre et évaluer la politique nationale agricole. Ses responsabilités couvrent la planification et la réalisation des programmes agricoles, la réglementation et le contrôle des pratiques agricoles, la protection phytosanitaire, le soutien aux filières de rente et vivrières, ainsi que la promotion de la sécurité alimentaire et du développement rural. Le MINADER agit en transversalité avec d’autres ministères tels que le MINEPIA, le MINADER, le MINRESI et le MINFI, ce qui en fait un acteur central de la politique économique et sociale du Cameroun.

Gabriel Mbairobe

Nommé ministre de l’Agriculture et du Développement rural en janvier 2019, Gabriel Mbairobe est ingénieur agronome de formation. Avant son entrée au gouvernement, il a occupé plusieurs postes techniques et administratifs dans le secteur agricole, notamment au sein de la Société de Développement du Coton (SODECOTON) et dans des projets de développement rural. Son profil est celui d’un technocrate pragmatique, attaché à la modernisation des exploitations et à la structuration des filières agricoles. Sa nomination s’inscrivait dans une volonté de donner une orientation plus technique et scientifique à la gestion du secteur agricole, dans un contexte marqué par la nécessité d’accroître la productivité et de réduire la dépendance alimentaire.

Bilan de Gabriel Mbairobe à la tête du MINADER

L’évaluation du bilan de Gabriel Mbairobe révèle des avancées mais aussi des limites. Sur le plan des productions vivrières, le Cameroun a enregistré une hausse modérée du maïs, avec environ 2,3 millions de tonnes en 2024, et du manioc, qui dépasse les 5 millions de tonnes. Ces résultats traduisent une progression mais restent insuffisants pour répondre à la demande croissante. La filière riz demeure problématique, avec une production nationale estimée à 400 000 tonnes en 2024, alors que la demande dépasse 1,5 million de tonnes, ce qui maintient une forte dépendance aux importations.

Concernant les cultures de rente, le cacao reste une filière stratégique avec une production avoisinant les 300 000 tonnes en 2024, mais les exportations demeurent en deçà des objectifs fixés. Le café, malgré des efforts de relance, plafonne autour de 20 000 tonnes, tandis que le coton atteint environ 300 000 tonnes grâce au soutien de la SODECOTON. Ces chiffres montrent une volonté de structurer les filières mais révèlent également les difficultés liées aux aléas climatiques, aux crises sécuritaires dans certaines régions et au manque de mécanisation.

Sur le plan de la sécurité alimentaire, les initiatives du MINADER ont permis de renforcer l’accompagnement des producteurs et de promouvoir des projets de mécanisation et de modernisation des exploitations. Toutefois, l’impact reste limité par des contraintes budgétaires et logistiques. Les prix alimentaires connaissent encore des tensions, accentuées par les crises sécuritaires dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, ainsi que par les effets du changement climatique.

Les chiffres clés du MINADER sous Gabriel Mbairobe

Entre 2019 et 2025, les principaux indicateurs agricoles se présentent ainsi : la production de maïs est passée à environ 2,3 millions de tonnes, celle du manioc à plus de 5 millions de tonnes, le riz plafonne à 400 000 tonnes pour une demande de 1,5 million, le cacao atteint 300 000 tonnes, le café 20 000 tonnes et le coton 300 000 tonnes. Ces chiffres traduisent un secteur agricole dynamique mais encore insuffisamment performant pour garantir l’autosuffisance alimentaire.

Le Ministère de l’Agriculture et du Développement rural dispose d’un cadre légal solide et d’une mission stratégique pour l’économie camerounaise. Gabriel Mbairobe, en tant que ministre, a incarné une approche technocratique et pragmatique, cherchant à moderniser les exploitations et à structurer les filières agricoles. Son bilan est contrasté : des avancées notables dans certaines productions vivrières et de rente, mais une dépendance persistante aux importations et des limites structurelles qui freinent l’impact global de ses politiques. L’évaluation scientifique de son action montre que le Cameroun reste à mi-chemin entre une agriculture traditionnelle et une agriculture modernisée, et que le renforcement des moyens financiers, techniques et logistiques demeure indispensable pour transformer durablement le secteur.

Gontran Eloundou
Analyste politique

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