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Mme MBAH ACHA née FOMUNDAM Rose NGWARI au Contrôle Supérieur de l’État quel bilan pour la gouvernance ?

 

 

Le Contrôle Supérieur de l’État, institution placée sous l’autorité directe du Président de la République, occupe une place singulière dans l’architecture administrative du Cameroun. Créé par le décret de 2005 et réorganisé en 2013, il incarne l’organe supérieur d’audit externe, chargé de veiller à la transparence des finances publiques, de contrôler la gestion des administrations et de contribuer à la lutte contre la corruption. À la tête de cette institution, Mme MBAH ACHA née FOMUNDAM Rose NGWARI a exercé son mandat dans un contexte marqué par une exigence croissante de bonne gouvernance et une pression internationale sur la reddition des comptes.

Son passage au CONSUPE s’est traduit par une intensification des missions d’audit dans les ministères, les entreprises publiques et les projets financés par des bailleurs. Les rapports produits ont régulièrement mis en lumière des irrégularités budgétaires et des faiblesses structurelles dans la gestion des ressources. Ces documents, transmis au Président de la République et aux juridictions compétentes, ont alimenté le travail du Tribunal criminel spécial et du Conseil de discipline budgétaire et financière. En parallèle, la ministre déléguée a initié des campagnes de sensibilisation sur la probité administrative et la transparence, cherchant à inscrire la prévention au cœur de son action. Elle a également représenté le Cameroun dans les instances internationales telles que l’AFROSAI et l’INTOSAI, renforçant l’image du pays dans le concert des institutions supérieures de contrôle.

Pour autant, l’évaluation de ce bilan révèle des limites structurelles. Si les audits ont été menés et les dossiers transmis, l’application des recommandations demeure faible, freinée par une volonté politique parfois hésitante et une judiciarisation lente des affaires. La corruption, malgré les efforts affichés, reste une réalité persistante qui réduit la portée des actions engagées. Le rattachement direct du CONSUPE à la Présidence, censé garantir son autorité, a paradoxalement limité son indépendance et donc son efficacité. Les campagnes de sensibilisation ont eu un impact réel sur la perception de la gouvernance, mais elles n’ont pas suffi à transformer durablement les pratiques administratives.

Le passage de Mme MBAH ACHA au Contrôle Supérieur de l’État illustre ainsi la tension entre une institution active et une administration rétive au changement. Les missions légales ont été respectées, les audits réalisés, les recommandations formulées, mais leur traduction en décisions effectives reste incomplète. Le travail a été fait, mais il n’a pas toujours été suivi d’effets. Ce bilan, à la fois honorable et frustrant, met en lumière la nécessité d’un renforcement de l’indépendance institutionnelle et d’une volonté politique plus affirmée pour que le CONSUPE devienne non seulement un organe de contrôle, mais un véritable levier de transformation de la gouvernance publique au Cameroun.

Gontran Eloundou
Analyste politique

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