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Remaniement ministériel 2026 : entre acquis et défis, quel avenir pour la gouvernance sécuritaire avec Joseph Beti Assomo ?

Le Ministère de la Défense du Cameroun, placé sous l'autorité directe du Président de la République, repose sur un cadre légal défini par la Constitution de 1996 révisée en 2008, les lois organiques relatives aux forces armées et les décrets présidentiels qui structurent son organisation. Ses missions sont multiples : protéger l'intégrité territoriale, organiser et gérer les forces armées, assurer la sécurité nationale, participer au maintien de l'ordre public, coopérer avec les partenaires internationaux et contribuer à la protection civile. Ces missions, bien que claires dans leur formulation, se heurtent à des réalités complexes qui exigent une gouvernance sécuritaire à la fois ferme et adaptable.

Dans ce contexte, Joseph Beti Assomo, nommé ministre délégué auprès de la Présidence de la République chargé de la Défense en octobre 2015, s'est imposé comme un acteur central. Son parcours administratif, marqué par des fonctions de gouverneur et d'administrateur civil principal, lui a donné une solide expérience de gestion territoriale. Sur le plan politique, il a incarné la volonté du Chef de l'État de maintenir la stabilité nationale face aux menaces multiples. Son bilan est indéniable : lutte contre Boko Haram dans l'Extrême-Nord, encadrement des forces dans les régions anglophones, modernisation partielle des équipements militaires et renforcement de la coopération internationale. Sa proximité avec les troupes et son style discret lui confèrent une image d'homme de terrain.

Cependant, une lecture critique révèle des limites et des défis persistants. La lutte contre Boko Haram, bien que marquée par des succès, reste fragile, avec des poches de résistance et une menace asymétrique qui continue de peser sur la région. La crise anglophone, malgré les dispositifs sécuritaires déployés, n'a pas trouvé de solution durable, et l'approche militaire est souvent sensible pour son incapacité à répondre aux dimensions politiques et sociales du conflit. Sur le plan administratif, la modernisation des forces armées demeure inachevée, avec des problèmes récurrents de logistique, de formation et de moral des troupes. La gouvernance sécuritaire souffre également d'un déficit de transparence et de communication, ce qui alimente parfois la méfiance des populations envers l'institution militaire. Enfin, la dépendance aux partenariats internationaux pour l’équipement et la formation souligne une vulnérabilité structurelle qui limite l’autonomie stratégique du Cameroun.

Ces défis posent la question de la continuité. Faut-il reconduire Joseph Beti Assomo dans le prochain gouvernement de Paul Biya ? Son expérience et sa loyauté plaident en faveur de la stabilité, mais l'avenir de la gouvernance sécuritaire exige plus qu'une continuité : il appelle à une réforme profonde, à une meilleure articulation entre réponse militaire et dialogue politique, et à une modernisation accélérée des forces armées. On ne reconnaît pas en Joseph beti Assomo un quelconque détournement ou des problèmes de gouvernance. Son intégrité à sa fonction nous permet de suggérer de maintenir Joseph Beti Assomo pour capitaliser sur son expérience, tout en l'inscrivant dans une dynamique de transformation qui dépasse la simple gestion des crises pour construire une véritable stratégie de sécurité nationale inclusive et durable.

Gontran Eloundou
Analyste politique

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