Remaniement ministériel : Bello Bouba au MINTOUL que devons nous retenir ?
Depuis sa nomination au ministère du Tourisme et des Loisirs, Bello Bouba Maigari a incarné une figure politique expérimentée, héritier d’un long parcours gouvernemental. Son passage à la tête de ce département a été marqué par une volonté affichée de faire du tourisme un levier de croissance économique et de rayonnement culturel pour le Cameroun. Dès ses premières années, il a multiplié les initiatives de promotion internationale, vantant les atouts naturels et culturels du pays, des plages de Kribi aux paysages du Nord en passant par les sites historiques de Foumban. Cependant, derrière cette ambition, les résultats concrets sont restés limités, freinés par un manque de moyens, une faible visibilité internationale et une absence de stratégie cohérente pour transformer le potentiel touristique en véritable moteur de développement.
Ses relations avec les acteurs du secteur ont été empreintes de prudence et parfois de distance. Les opérateurs privés et les promoteurs locaux ont souvent dénoncé un manque d’accompagnement et de soutien institutionnel, regrettant que le ministère se contente de discours sans mettre en place des politiques incitatives. Bello Bouba Maigari a tenté de renforcer le cadre réglementaire et d’encadrer les loisirs, mais cette approche administrative n’a pas suffi à dynamiser un secteur qui exige des investissements massifs et une vision à long terme. Les critiques ont pointé l’absence de partenariats solides avec les fédérations professionnelles et les associations de promoteurs, ce qui a limité la capacité du Cameroun à se positionner face à des concurrents régionaux comme le Sénégal ou le Maroc.
Sur le plan des infrastructures, le bilan est resté en demi-teinte. Quelques projets de modernisation ont été lancés, notamment dans les grandes villes et autour des sites touristiques majeurs, mais l’ensemble du territoire demeure marqué par une insuffisance criante d’équipements. Les routes menant aux sites touristiques restent souvent impraticables, les structures d’accueil manquent de standards internationaux et les loisirs modernes ne sont pas suffisamment encadrés pour attirer une clientèle diversifiée. Bello Bouba Maigari a défendu l’idée que le Cameroun devait valoriser son patrimoine naturel et culturel, mais il n’a pas réussi à traduire cette vision en réalisations concrètes capables de transformer l’expérience des visiteurs.
L’absence d’une politique nationale claire de développement du tourisme et des loisirs constitue l’un des points faibles majeurs de son mandat. Le pays n’a pas su mettre en place une stratégie globale articulant promotion, infrastructures et formation des acteurs. Les initiatives sont restées ponctuelles et dispersées, sans cohérence d’ensemble, ce qui a empêché le Cameroun de tirer pleinement profit de ses atouts. Dans un contexte où le tourisme mondial évolue rapidement et où la concurrence est forte, cette absence de vision stratégique a laissé le secteur en marge des grandes dynamiques africaines.
Le départ de Bello Bouba Maigari du ministère s’inscrit dans une logique de renouvellement politique, mais il laisse derrière lui un bilan contrasté. Son action a permis de maintenir le tourisme et les loisirs dans le discours institutionnel, de rappeler l’importance de ce secteur pour l’économie nationale et de poser quelques jalons en matière de réglementation. Toutefois, l’absence de résultats tangibles, le manque d’infrastructures sur l’ensemble du territoire et l’incapacité à instaurer une politique cohérente de développement font de son passage un moment de transition plus qu’une véritable impulsion. Le Cameroun reste ainsi face à un défi majeur, celui de transformer son potentiel touristique en réalité économique et sociale, un défi que son successeur devra relever avec plus de détermination et de vision.
Gontran Eloundou
Analyste politique.
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