Accéder au contenu principal

Assassinat économique, Paralysie, Trahison, Corruption, Chaos, le  port de Doula pris en otage par les réseaux gouvernant.

UN PORT STRATÉGIQUE PRIS EN OTAGE

Le Port Autonome de Douala, poumon économique du Cameroun et principal point d’entrée des marchandises, est aujourd’hui le théâtre d’une paralysie inquiétante. Ce qui devrait être un espace de fluidité commerciale et de prospérité nationale est devenu un champ de bataille institutionnel, où les luttes de pouvoir et les contradictions gouvernementales étouffent l’activité portuaire.

Crise du contrat de scanning

Le Premier ministre Joseph Dion Ngute a ordonné le maintien du contrat avec SGS (Société Générale de Surveillance), malgré une instruction contraire de la présidence.

Alors que la Présidence de la République via son secrétaire général avait donné instruction de mettre fin à l’accord avec la multinationale suisse SGS, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a pris tout le monde de court en ordonnant son maintien. Cette décision, loin d’être anodine, a ouvert une brèche dans la cohésion gouvernementale et exposé au grand jour les contradictions qui minent la gouvernance du pays. Les péripéties de cette affaire ressemblent à un feuilleton politique. D’un côté, la Présidence, soucieuse de réaffirmer la souveraineté nationale, voulait confier le scanning à un opérateur local, Transatlantic D.S.A., présenté comme une alternative camerounaise. De l’autre, le Premier ministre, invoquant la continuité du service et la nécessité d’éviter un chaos logistique, a choisi de prolonger le contrat avec SGS. La décision du Premier ministre a été perçue par certains comme un acte de pragmatisme, visant à éviter une paralysie totale du port. Mais pour d’autres, elle incarne une défiance ouverte envers la Présidence, révélant une fracture inquiétante au sommet de l’État. Les correspondances officielles, les contre-instructions et les arbitrages contradictoires se sont multipliés, plongeant les acteurs portuaires dans une confusion totale. L’économie nationale, peut subir de plein fouet une paralysie.

 ENQUÊTE SUR L’ÉTAT-MAJOR PARTICULIER :

 La correspondance du chef d’état-major particulier

Dans le tumulte qui secoue le Port Autonome de Douala, une correspondance inattendue est venue jeter de l’huile sur le feu. Signée par le général Emmanuel Amougou, chef d’état-major particulier du président de la République, cette lettre s’est immiscée dans le dossier sensible du PAD, en donnant des instructions qui ont surpris les observateurs. L’intervention, jugée irrégulière par plusieurs acteurs institutionnels, a soulevé des interrogations sur la légitimité et la portée des prérogatives de l’état-major particulier dans une affaire purement économique et administrative. Ce geste, perçu comme une intrusion militaire dans un dossier civil, a alimenté les suspicions d’un conflit d’intérêts et d’une instrumentalisation des rouages de l’État au profit de certains clans.

 La correspondance du secrétaire général des services du Premier ministre

Quelques jours plus tard, une autre correspondance est venue accentuer la confusion. Le professeur Séraphin Fouda, secrétaire général des services du Premier ministre, a adressé une lettre officielle qui contredisait les orientations précédentes. Dans ce document, il rappelait la primauté des décisions de la Primature et insistait sur le maintien du contrat avec SGS, malgré les contestations et les instructions divergentes venues de la Présidence. Cette prise de position, en apparence administrative, a révélé au grand jour les fractures institutionnelles : d’un côté, le cabinet présidentiel et ses relais militaires, de l’autre, la Primature et son appareil administratif. Le PAD, pris au milieu de ces correspondances contradictoires, s’est retrouvé paralysé, incapable de trancher sans risquer de froisser l’une ou l’autre autorité.

 L’enquête ouverte contre le général Amougou

Face à cette cacophonie et à l’onde de choc provoquée par la lettre du général Amougou, le président Paul Biya a ordonné l’ouverture d’une enquête. Objectif : clarifier les circonstances de cette intervention jugée irrégulière et déterminer si le chef d’état-major particulier a outrepassé ses fonctions. Cette enquête, confiée aux instances compétentes, marque un tournant dans l’affaire, car elle met en lumière les tensions internes au sommet de l’État et la fragilité des mécanismes de gouvernance. Pour beaucoup, elle illustre la dérive d’un système où les institutions se chevauchent, se contredisent et se neutralisent, au détriment de l’efficacité et de la stabilité économique du pays. Le PAD, poumon vital du Cameroun, devient ainsi le théâtre d’une lutte de pouvoir dont les conséquences dépassent largement le cadre portuaire pour toucher l’ensemble de la nation.

BATAILLE AUTOUR DES ACTIFS DE L’EX-ONPC 

 Le ministre des Domaines a annulé le transfert au PAD des actifs de l’ex-ONPC (Office National des Ports du Cameroun).

Comme si cela ne suffisait pas, une autre guerre s’est ouverte autour des actifs résiduels de l’ex-Office National des Ports du Cameroun (ONPC). Le Port Autonome de Douala, qui espérait récupérer ces biens pour renforcer sa position, a vu ses ambitions stoppées net par une décision ministérielle. Résultat : des milliards de FCFA échappent à l’institution portuaire, accentuant le sentiment d’un sabotage orchestré au sommet de l’État.

Le coup de théâtre orchestré par le ministre des Domaines, annulant le transfert au Port Autonome de Douala des actifs résiduels de l’ex-ONPC, a plongé le secteur portuaire dans une nouvelle zone de turbulences. Ces actifs, estimés à plusieurs dizaines de milliards de FCFA, représentaient pour le PAD une bouffée d’oxygène financière et stratégique, capable de renforcer sa position dans la gestion des infrastructures portuaires. Mais la décision ministérielle, en maintenant le Cabinet Conseil Atou comme gestionnaire, a été perçue comme un désaveu cinglant pour la direction du PAD et son directeur général Cyrus Ngo’o. Derrière cette bataille administrative se cache une lutte d’influence où les intérêts privés semblent primer sur l’intérêt public.

Gouvernance en crise

Les interventions irrégulières de certains hauts responsables, les enquêtes ordonnées par la Présidence, et les arbitrages contestés du Premier ministre traduisent une gouvernance en crise. Au lieu de protéger l’économie nationale, les dirigeants semblent s’enliser dans des querelles de pouvoir, laissant le port et ses usagers dans un état de désarroi permanent.Les opérateurs économiques, eux, observent avec inquiétude cette cacophonie institutionnelle qui fragilise la gouvernance portuaire et accentue la méfiance des investisseurs. Le PAD, déjà secoué par la crise du scanning et les conflits de facturation, voit ses ambitions de modernisation compromises. Les milliards qui auraient pu servir à améliorer les infrastructures, fluidifier les opérations et renforcer la compétitivité du Cameroun dans la sous-région sont désormais bloqués dans un imbroglio juridique et politique. Cette annulation traduit une absence de vision commune au sommet de l’État, où chaque décision semble dictée par des calculs d’appareil plutôt que par une stratégie nationale. Le port, poumon économique du pays, se retrouve ainsi amputé de ressources vitales, tandis que la population subit les conséquences indirectes de cette paralysie. ressemblent à un sabotage institutionnel. Et dans ce théâtre d’ombres, c’est l’économie nationale qui paie le prix fort, victime d’un assassinat silencieux orchestré par ceux qui devraient la défendre.

CONSÉQUENCES POUR LA NATION

Blocage des chaînes d’approvisionnement (les importateurs et exportateurs voient leurs activités paralysées.) Un assassinat économique

Ce qui se joue au Port Autonome de Douala dépasse une simple querelle contractuelle : c’est l’assassinat méthodique de l’économie camerounaise par une classe dirigeante incapable de transcender ses intérêts particuliers. Le port, jadis symbole de vitalité commerciale, est devenu le miroir d’un pays où la mauvaise gouvernance tue l’espoir. Le blocage des chaînes d’approvisionnement au Port Autonome de Douala plonge l’économie camerounaise dans une asphyxie sans précédent. Importateurs, qui attendent la livraison de leurs marchandises, voient leurs conteneurs immobilisés pendant des semaines, parfois des mois, ce qui entraîne une rupture brutale dans la disponibilité des produits. Les exportateurs, quant à eux, ne parviennent plus à acheminer leurs cargaisons vers les marchés internationaux, perdant ainsi des contrats et la confiance de leurs partenaires. Cette paralysie logistique peut déboucher sur une flambée des prix sur le marché intérieur, car la rareté alimente la spéculation et fragilise le pouvoir d’achat des ménages. Les entreprises locales, dépendantes des intrants importés. Les recettes douanières peuvent chuter, privant l’État de ressources vitales pour financer ses politiques publiques

Gontran Eloundou
Analyste politique











Pin It
  • Créé le .
  • Vues : 17