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Cameroun : le vice-président peut même être qui… ?

 

Le Cameroun s'apprête à écrire une nouvelle page de son histoire institutionnelle : la création d' un poste de vice- président . Dans les couloirs feutrés du pouvoir, on murmure qu'il pourrait être anglophone , comme pour réé équilibrer une balance longtemps bancale. Mais derrière è re les discours officiels, se cache une question brû lante : qui sera ce personnage, mi‑ombre mi‑lumière, chargé d' incarner une fonction encore floue ? L' exercice est délicat : dresser le portrait d' un vice-président qui n'existe pas encore, mais dont les contours se dessinent déjà dans les imaginaires collectifs. Voici le profil du futur numéro deux du Cameroun.

 Le symbole avant l'homme

Le vice‑président attendu n'est pas seulement un individu : il est un symbole. Dans un pays la fracture linguistique est devenue une cicatrice politique, le choix d' un anglophone serait une opération de chirurgie institutionnelle. Mais attention : le symbole peut vite se transformer en gadget. On imagine déjà les discours officiels vantant « l'unité  retrouvée » , pendant que les réalités du terrain rappellent que le bilinguisme reste une promesse inachevée . Le futur vice- président devra donc porter sur ses épaules le poids d'une nation en quête de cohésion, tout en jonglant avec les contradictions d'un système qui adore les titres mais redoute les changements.

 Le profil idéal selon le pouvoir

Dans le contexte actuel, le profil recherché ressemble à une équation impossible : anglophone, loyal, discret, mais suffisamment charismatique pour rassurer. Pas trop populaire, pour ne pas faire de l' ombre au président . Pas trop effacé , pour ne pas passer pour une potiche. Le vice‑président idéal serait donc un camé l é sur la politique, capable de sourire en toutes circonstances et de parler anglais avec un accent rassurant. En somme, un personnage taillé pour les cérémonies officielles , mais dont la marge de manœuvre restait étroitement surveillée.

 Le poids des régions

Le choix d'un vice‑président anglophone ne se fera pas sans calcul géopolitique. Nord‑Ouest ou Sud‑Ouest ? Bamenda ou Buéa ? Chaque région revendiquée a droit à la reconnaissance. Le futur vice-président sera donc aussi un compromis territorial, un gage donné à une partie du pays pour calmer les tensions. Mais dans cette logique, le risque est grand de réduire l'homme à une simple carte géographique , un pion sur l' é chiquier national. Et pourtant, derrière sont les clichés , il y a des parcours, des ambitions, des histoires personnelles qui méritent d'être racontées.

 Le vice‑président comme doublure

Dans la dramaturgie politique camerounaise, le vice‑président serait une doublure, un acteur secondaire prêt à entrer en scène si le premier rôle venait à faiblir. Mais dans un système où le président est omniprésent, quelle place reste-t-il pour son numéro deux ? On imagine un bureau luxueux, des conseillers z é l é s, mais peu de décisions réelles . Le vice- président pourrait devenir une sorte de « statue vivante » , utile pour les photos officielles, mais rarement consultée pour les arbitrages. Une fonction qui brille plus qu'elle n'agit. Mais d'une autre part un homme prêt à le pouvoir en cas de vacance, finir le mandat et se présenter à l'élection.

Les attentes populaires

Du côté du peuple, les attentes sont paradoxales. Certains espèrent un vice‑président capable de défendre les anglophones, de porter leurs revendications au sommet de l'État. D'autres y voient une simple manœuvre politique, une distraction institutionnelle. La satire naît de ce décalage : un vice-président attendu comme un sauveur, mais perç u comme un figurant. Le futur occupant du poste devra naviguer entre des espoirs d é mesurés et un scepticisme généralisé , tout en gardant le sourire devant les caméras .

Alors, qui est‑il ? On l' imagine élégant , costume impeccable, discours calibrés , mais toujours un peu en retrait . Un homme qui sait applaudir au bon moment, qui maî trise l' art de la poign é e de main protocolaire, et qui ne se risque jamais à une phrase trop audacieuse. Son rô le est d' ê tre l à , mais pas trop. De représenter , mais sans incarner. De parler, mais sans d é ranger. Bref, un vice- président qui à ressemble à une photo officielle : nette, polie, mais sans profondeur.

Le futur vice-président du Cameroun, surtout s'il est anglophone, sera un personnage très symbolique, mais probablement limité dans ses marges de manœuvre. Entre les attentes populaires, les calculs politiques et les contraintes institutionnelles, il incarnera plus une fonction qu'un pouvoir. Satire oblige, on peut dire qu'il sera « l' homme qu'on attend sans vraiment le vouloir » . Mais au‑del à des caricatures, ce poste ouvre une brè che : celle d' un possible réé équilibrage , d' une reconnaissance, mê me imparfaite, d'une partie du pays trop longtemps marginalisée. Et c'est peut‑être là, dans cette imperfection, que réside toute la force de ce nouveau rôle.

Gontran Eloundou
Analyste politique

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