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AHMADOU AHIDJO L’HOMME QUI A SCELLÉ LE DESTIN DE LA NATION LE 20 MAI 1972

Alors que le Cameroun s’apprête à célébrer la 54e édition de sa fête de l’unité nationale, le récit officiel tend à occulter ses propres racines. Pourtant, l’ombre du premier président de la République plane sur les festivités du 20 mai. Quarante-quatre ans après son départ du pouvoir, retour sur l'héritage politique complexe d'un homme indissociable de la naissance de l'État moderne, dont la trajectoire interroge notre devoir de mémoire collective.

Premier président du Cameroun entre 1960 et 1982, Ahmadou Ahidjo fait de la réunification entre le Cameroun oriental ou français et le Southern Cameroon ou britannique, une priorité absolue dès les premières années de son règne. Il négocie avec John Ngu Foncha leader du Cameroun britannique et convainc les populations par la voie du référendum de février 1961. Lors de la Conférence de Foumban en juillet de la même année, le président Ahidjo accueille les délégations venu des deux blocs politiques et pose les bases d’une République fédérale. Le 1er octobre 1961, la réunification devient effective. Ahmadou Ahidjo devient alors Président fédéral, incarnant déjà cette volonté de dépasser les héritages coloniaux pour forger une nation unique. Considérant la fédération comme une étape transitoire, l'ancien président crée l’Union nationale camerounaise (UNC) en 1966. Un parti unique destiné à transcender les clivages régionaux et ethniques. le 20 mai 1972, par référendum, les Camerounais approuvent massivement la nouvelle Constitution qui instaure l’État unitaire. C’est précisément cette date qui a été choisie comme fête nationale, en hommage à cet acte de consolidation de l’unité. Le président Ahidjo y voyait le moyen d’assurer la cohésion nationale, le développement équilibré et la stabilité face aux défis post-coloniaux.

Un héritage controversé et souvent marginalisé

Malgré ce rôle central d’artisan de l’indépendance, de la réunification et de l’unité, le président Ahidjo est aujourd’hui souvent écarté des honneurs officiels. Après sa démission surprise en 1982 et la rupture avec son successeur Paul Biya, il est entré en exil et a été accusé d’implication dans la tentative de coup d’État de 1984. Condamné par contumace, il meurt à Dakar en 1989 sans funérailles nationales au Cameroun. S’en est enduite suivi une mise en retrait symbolique : portraits moins visibles et place réduite dans certains récits officiels. Pourtant, dans le Nord Cameroun comme chez de nombreux historiens et citoyens, il reste  le bâtisseur qui a su, malgré un contexte de rébellions et de pluralité culturelle, poser les fondations d’un État stable et uni.

Alors que le Cameroun entier a engagé les préparatifs liés à la célébration prochaine de la 54e édition de fête de l’unité, rendre hommage au président Ahidjo n’est pas un exercice de division, mais de vérité historique et de réconciliation nationale. il rappelle simplement que le Cameroun est plus grand que les clivages, qu’ils soient  sociaux ou politiques. L’unité qu’il a forgée reste le meilleur rempart pour la défense du territoire et le socle du développement, comme le souligne le thème officiel de cette année. Célébrer le 20 mai chaque année, c’est aussi reconnaître que les pères fondateurs ont leur place dans la mémoire collective d’une nation mature et responsable.

Par Antoine Mboe Akoa

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