FOLIE AU SOMMET DE L’ÉTAT : L’AFFAIRE MARTINEZ ZOGO ET LES TOUS‑PUISSANTS

Il a enfin parlé. Maxime EKO EKO, le très affable ancien Directeur Général de la Recherche Extérieure, autrement dit les services secrets camerounais. À la barre le 1er septembre dernier, au tribunal militaire de Yaoundé, l’ancien DGRE s’est exprimé sur les faits qui lui étaient reprochés. De cette prise de parole, l’on retient que le Chef de l’État, le Président Paul Biya, savait qu’un coup d’État était en préparation et qu’il avait confié l’enquête aux services secrets. Nous retenons aussi que c’est après l’achèvement de ce rapport et sa transmission au Président de la République que le patron des services secrets s’est retrouvé interpellé dans l’ignoble assassinat réservé au journaliste Martinez ZOGO. Cette arrestation n’aurait été qu’un motif de discrédit du patron des services secrets afin de décrédibiliser son rapport auprès du Président.
Souvenons‑nous du Capitaine EFFOUDOU dont le carnet de notes est porteur de nombreuses informations sensibles pouvant être classées secret‑défense. Le Capitaine a dit avoir lancé une alerte auprès du Chef de l’État sur la préparation éventuelle d’un coup d’État. Il s’appuyait sur l’interception de plusieurs armes de guerre en circulation, saisies par les services secrets. Cette alerte a été bien reçue par le Président de la République qui demanda expressément au Directeur des services secrets d’approfondir la piste d’un éventuel coup d’État en préparation au Cameroun. Le Président Paul Biya prit la peine de laisser partir le Capitaine EFFOUDOU, afin certainement de protéger sa vie.
L’usage de la stratégie de la terre brûlée
La destruction de la vie du journaliste Martinez ZOGO était supposée être l’incendie qui devait ravager tout le village afin de priver les ennemis de ressources. Il fallait neutraliser les adversaires pour les empêcher d’avoir accès au Chef de l’État Paul Biya. Leur enlever leurs attributs, saper leur moral et les salir afin de les décrédibiliser auprès de l’opinion publique. Malheureusement, il y a des incendies qui rattrapent souvent le pyromane. La mise en scène des arrestations, les enquêtes bâclées, la destruction des preuves et les mensonges répétés à la barre démontrent à suffisance le cynisme de certains hauts commis de l’État qui rêvent de prendre le pouvoir.
Ferdinand Ngoh Ngoh au cœur de tous les soupçons
Les deux hautes personnalités des services secrets camerounais que sont le Capitaine EFFOUDOU, ancien patron du renseignement à la Présidence de la République, et Maxime EKO EKO, ancien DGRE, par leurs témoignages, placent Ferdinand NGOH NGOH au centre du scandale du siècle au Cameroun. Ce dernier est accusé d’avoir la mainmise sur la gendarmerie, premier corps de l’armée camerounaise. Il est également soupçonné d’avoir infiltré les services secrets en y plaçant des hommes sous son contrôle. Le Capitaine EFFOUDOU révèle que l’aide du Ministre de l’Administration Territoriale lui a permis d’offrir à un individu des laissez‑passer nécessaires pour importer des armes et les faire circuler sur le territoire camerounais. L’ancien patron du renseignement à la Présidence de la République affirme aussi que c’est par jalousie que Martinez ZOGO est devenu le bouc émissaire et martyr d’une scabreuse histoire de coup d’État. Nous sommes là en plein délire au sommet de l’État du Cameroun.
Les valeurs républicaines bafouées
Dans une République digne de ce nom, les valeurs fondamentales telles que la justice, la transparence, la protection des citoyens et le respect des institutions devraient guider l’action publique. Or, ce scandale révèle un effondrement de ces principes. La République, censée être le socle de la cohésion nationale, se retrouve fragilisée par des pratiques opaques, des manipulations judiciaires et des atteintes graves aux droits humains. La neutralisation d’un journaliste, la dissimulation de preuves et l’instrumentalisation des services de sécurité démontrent que les valeurs républicaines sont reléguées au second plan au profit d’intérêts personnels et de luttes de pouvoir. Ce renversement des priorités met en péril la confiance des citoyens envers leurs institutions et accentue le fossé entre l’État et le peuple. La République ne peut survivre sans le respect de ses principes fondateurs ; leur trahison équivaut à miner les bases mêmes de la souveraineté nationale.
Les hauts commis de l’État impliqués
Ce scandale ne met pas seulement en lumière des rivalités internes, il expose aussi l’implication directe de hauts commis de l’État dans des manœuvres qui sapent l’autorité républicaine. Les témoignages du Capitaine EFFOUDOU et de Maxime EKO EKO révèlent un système où les plus hauts responsables, censés protéger la nation, se retrouvent accusés d’avoir orchestré ou couvert des pratiques illégales. L’infiltration des services secrets, la circulation d’armes de guerre, la manipulation des enquêtes et la mise en scène d’arrestations ne sont pas des actes isolés ; ils traduisent une dérive institutionnelle où l’État devient l’instrument de règlements de comptes. La gravité de ces accusations démontre que la crise dépasse le simple cadre judiciaire : elle touche au cœur même de l’appareil d’État. Lorsque ceux qui incarnent l’autorité publique se retrouvent compromis dans des affaires de coup d’État et d’assassinat, c’est toute la crédibilité de la gouvernance qui s’effondre.
L’affaire Martinez ZOGO apparaît désormais comme le révélateur d’une folie au sommet de l’État camerounais. Entre rivalités de pouvoir, manipulations des services secrets et atteintes aux valeurs républicaines, ce scandale illustre une dérive institutionnelle inquiétante. La République, fragilisée par les ambitions personnelles et les pratiques cyniques de certains hauts responsables, se retrouve menacée dans ses fondements. Le peuple camerounais, témoin de ces dérives, attend des réponses claires et des actes de justice véritables. Car sans vérité ni responsabilité, la République risque de s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions.
Gontran Eloundou
Analyste politique
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