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Remaniement Ministériel 2026 : Laurent Esso doit-il encore être  au Ministère de la Justice

Laurent Esso, magistrat de formation et figure de longue date au sein de l'appareil d'État, incarne depuis plusieurs années la continuité et la fidélité au président Paul Biya. Son passage au ministère de la Justice, en tant que Garde des Sceaux, mérite une analyse nuancée qui met en lumière ses apports mais aussi ses limites dans l'exercice des missions qui lui sont assignées.

Dans l'organisation du système judiciaire, Laurent Esso a œuvré à maintenir une certaine stabilité institutionnelle. Sous son autorité, les juridictions ont continué à fonctionner et à rendre la justice dans un contexte politique souvent marqué par des tensions. Il a contribué à renforcer l'image d'un appareil judiciaire structuré et à préserver la hiérarchie des cours et tribunaux. Toutefois, cette organisation reste signalée pour son manque de modernisation et pour une lenteur persistante dans le traitement des affaires. Les réformes structurelles attendues, notamment en matière de numérisation et de simplification des procédures, n'ont pas connu l'élan nécessaire, ce qui laisse transparaître une inertie institutionnelle.

Dans la supervision des magistrats, Laurent Esso s'est imposé comme un garant de la discipline et de la continuité. Il a veillé à encadrer la carrière des juges et procureurs, en maintenant une rigueur administrative qui a permis d'éviter des dérives majeures. Cependant, cette supervision est souvent perçue comme trop verticale et insuffisamment ouverte à l'indépendance réelle des magistrats. Les critiques récurrentes sur la politisation de certaines décisions judiciaires et sur la dépendance des magistrats vis-à-vis du pouvoir exécutif traduisent les limites de son action dans ce domaine.

En ce qui concerne l'application des lois, le ministre a assuré la mise en œuvre des textes votés par le Parlement et a veillé à leur respect dans la société. Son apport réside dans la continuité de l'État de droit et dans la préservation d'un cadre légal relativement stable. Néanmoins, l'application des lois reste marquée par une inégalité d'accès à la justice et par une perception de sélectivité dans leur mise en œuvre. Les citoyens dénoncent souvent une justice à deux vitesses, où les plus puissants semblent bénéficier d'une certaine protection, ce qui fragilise la confiance dans l'institution.

Dans l'administration pénitentiaire, Laurent Esso a poursuivi une politique de gestion des établissements de détention qui a permis de maintenir un minimum de contrôle et d'ordre. Il a encouragé des initiatives de réinsertion, mais celles-ci demeurent limitées et insuffisantes face à la surpopulation carcérale et aux conditions de détention souvent jugées indignes. Les prisons restent un point faible de son bilan, avec des critiques récurrentes sur le respect des droits fondamentaux des détenus et sur l'absence de réformes profondes.

Enfin, dans la protection des libertés publiques, le ministre a incarné une vision de la justice comme instrument de stabilité politique. Il a défendu l'autorité de l'État et veillé à maintenir un équilibre institutionnel. Mais cette mission révèle aussi ses manquements les plus notables, car la justice sous sa direction est régulièrement accusée de servir davantage la préservation du pouvoir que la défense des droits des citoyens. Les affaires, notamment celles liées aux opposants politiques ou aux mouvements sociaux, ont souvent été perçues comme des démonstrations de force sensibles plutôt que comme des exercices impartiaux de justice.

Le bilan de Laurent Esso au ministère de la Justice est donc celui d'un homme de continuité, fidèle au président et garant d'une certaine stabilité institutionnelle. Ses apports résidents dans la préservation de l'ordre judiciaire et dans la discipline administrative, mais ses manquements sont visibles dans le manque de réformes, la politisation de la justice, la faiblesse de l'administration pénitentiaire et la perception d'une justice inégalitaire. À l'heure d'un éventuel remaniement ministériel, son avenir dépendra de la volonté du chef de l'État de privilégier la fidélité et la stabilité ou d'ouvrir la voie à une nouvelle génération capable de réformer en profondeur le système judiciaire.

Gontran Eloundou
Analyste politique

 

 

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