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CAMEROUN : LES « SCAMMERS » ENTRE CYBER ARNAQUE, MYSTIQUE ET IMPUNITÉ.

Le monde moderne connaît un essor de connectivité numérique dont la progression est exponentielle. Avec le tout internet, les humains trouvent désormais leur compte quel que soit le secteur d’activité. Les réseaux sociaux, et autres plateformes numériques, permettent d'avoir un meilleur rendement et une meilleure productivité. Mais à cette peinture idéaliste, il y a tout de même un bémol. Ce bémol, c’est la sécurité des usagers du réseau internet. Après le piratage de comptes et autres sites internet, on assiste partout dans le monde le phénomène nouveau que l’on appelle au Cameroun « scam ». Issu de l’anglais « to scam » on les appelle les "scammers", prononcés « scama » ou les « makeur ». Le "Scammer" : c'est l'auteur de l'arnaque, souvent appelé "brouteur" dans certains contextes francophones.

Il s'agit d'une tentative délibérée de tromper une personne ou une entreprise pour obtenir de l'argent, des données personnelles ou des informations sensibles. Âgés de 15 à 50 ans, les scammers au Cameroun sont de toutes les couches de la société, élèves, étudiants, travailleurs, beaucoup arrondissent leur fin du moins grâce à des larcins sur Internet. Ils vendent à des personnes généralement en occident des produits où des services dont les supposés bénéficiaires ne verront jamais la trace. Cela va des animaux de compagnie en passant par des armes, de la drogue.

Les méthodes des “scammers”
Les “scammers” camerounais ont perfectionné des techniques de manipulation psychologique pour piéger leurs victimes. Ils créent de faux profils sur les réseaux sociaux, usurpent des identités crédibles et vont jusqu’à changer de voix grâce à des applications numériques. Le chantage affectif est une arme redoutable: certains se font passer pour des amoureux virtuels, dautres pour des responsables dentreprises ou des agents administratifs. Une fois la confiance installée, ils exigent des virements bancaires ou des transferts via des plateformes de paiement. Les victimes, souvent situées en Europe ou en Amérique, finissent par céder sous la pression émotionnelle ou la peur de représailles. Ces stratagèmes démontrent une organisation méthodique où l’illusion et la tromperie deviennent des outils de survie économique.

La dimension mystique
Au-delà de l’arnaque numérique, un aspect inquiétant s’ajoute: la croyance mystique. Beaucoup de makeurs consultent des marabouts pour obtenir une supposée protection spirituelle ou une chance accrue de réussir leurs escroqueries. Des sacrifices danimaux, des rituels nocturnes et des invocations occultes sont pratiqués dans lombre. Mais ces pratiques ont souvent des conséquences dramatiques: folie soudaine, accidents graves, maladies mystérieuses ou même mort prématurée. La prison, paradoxalement, apparaît parfois comme une issue plus clémente que les malédictions qui s’abattent sur certains. Ce mélange de cybercriminalité et de croyances ancestrales illustre une dérive sociale où la quête de richesse rapide se transforme en spirale destructrice.

Le phénomène des “scammers” s’explique aussi par le contexte socio-économique du Cameroun. Dans un pays où le chômage des jeunes est massif et où les opportunités de réussite sont limitées, beaucoup rêvent d’un mieux-vivre et voient dans l’arnaque une voie rapide vers l’argent facile. Interpol, en collaboration avec la gendarmerie et la police, tentent de traquer ces réseaux, mais la corruption ambiante réduit l’efficacité des opérations: nombre de Scamma arrêtés sont relâchés peu après. Cette impunité nourrit le cycle et fragilise davantage l’image du pays. Le “scam” devient ainsi le miroir d’une société en crise, où la pauvreté et l’absence de perspectives légitimes poussent une partie de la jeunesse vers des pratiques illégales et dangereuses.

Gontran Eloundou


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